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Ministère de la Sécurité publique

La sévérité pénale à l'heure du populisme

Date de publication : 2006

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Présentation

Les questions pénales et correctionnelles font souvent l’objet d’une grande couverture par les médias de masse, que ce soit des faits divers courants ou des événements majeurs dramatiques. Ces cas exceptionnels étant cependant isolés, le système pénal et plus particulièrement le système correctionnel sont habituellement critiqués très sévèrement. Les experts s’entendent d’ailleurs pour dire que l’impact de ces médias sur les perceptions populaires à l’égard du crime est très important1.

1 Voir David GARLAND, The culture of Control. Crime and Social Order in Contemporary Society. Chicago : The University of Chicago Press, 2001, et Julian V. ROBERTS, « La peur du crime et les attitudes à l’égard de la justice pénale au Canada. Bilan des dernières tendances », Rapport préparé pour le ministère du Solliciteur général du Canada, Ottawa, Solliciteur général du Canada, Novembre 2001.

L’effet de cette situation est double. D’une part, le public, selon de nombreux sondages, demande constamment des peines plus sévères afin de se sentir mieux protégé ; d’autre part, certains politiciens n’hésitent pas à utiliser les résultats de ces sondages pour justifier leur position sur les politiques répressives qu’ils veulent faire adopter2. Le fait que les législateurs, les décideurs, les juges ou autres professionnels du système de justice se fient sur les sondages d’opinion pour légitimer des législations plus sévères, en affirmant que la société sera mieux protégée, suscite un questionnement.

2 Julian V. ROBERTS et Loretta J. STALANS, Public Opinion, Crime, and Criminal Justice, Westview Press, 1997.

Toutefois, la recherche de l’opinion publique pose le problème de la perception et de la réalité. Deux chercheurs ont ainsi démontré que la population en connaissait très peu sur les lois, les processus et pratiques de détermination de la peine, sur les mesures substitutives à l’incarcération, la vie en prison et les coûts de l’incarcération par opposition aux coûts de la supervision en communauté3. D’autres chercheurs ont établi que le public a une opinion bien arrêtée sur les questions du crime et de la justice criminelle, bien que cette opinion soit basée sur un très faible niveau de connaissance4.

3Ibid.

4 Voir le sommaire des plus récentes études sur la question publié par The Sentencing Project, Crime, Punishment and public opinion : a summary of recent studies and their implications for sentencing policy, et l’étude du Home Office britannique :, B. CHAPMAN, C. MIRRLEES-BLACK et C. BRAWN. Improving public attitudes to the Criminal Justice System : The Impact of information, Londres, Home Office Research, Development and Statistics Directorate, juillet 2002.

Puisque le concept d’opinion publique est complexe, le premier texte intitulé Opinions publiques, incarcération et système pénal aux États-Unis : les influences de la classe politique et des médias, s’attarde à le démystifier. Il vise tout d’abord à définir le concept de l’opinion publique dans une perspective critique. Il tente de prouver ensuite comment les élites politiques américaines ont, depuis une quarantaine d’années, utilisé les questions pénales comme instrument électoral. Ainsi, le populisme pénal, qui s’est durablement installé dans la politique présidentielle américaine à partir des années 60, a développé une relation particulière avec les opinions publiques. En effet, une influence réciproque se manifeste dans ce qui semble une augmentation de la sévérité pénale. Ce texte scrute également le type de couverture médiatique et l’influence des médias sur le sentiment d’insécurité de la population, laquelle, en retour, demande des peines de plus en plus sévères, à l’aide de trois événements médiatiques ayant influencé les politiques pénales américaines. Pourtant, cette opinion publique n’est pas aussi homogène qu’on veut bien le faire croire. Ce texte met donc en perspective le concept d’opinion publique et de ses conséquences sur les politiques publiques.

Le deuxième texte, intitulé Punir ou réhabiliter les contrevenants? Du « Nothing Works au « What Works » (Monté, déclin et retour de l’idéal de réhabilitation) qui se situe aussi sur la scène américaine, rappelle les origines du modèle de réhabilitation des contrevenants jusqu’à son déclin au milieu des années 70. Ce déclin, dont les causes sont liées au contexte décrit dans le premier document, s’est toutefois précipité à partir de la publication d’un texte, en 1974 (surnommé par après « Nothing Works »), et dont la conclusion laissait entendre que le modèle de réhabilitation n’avait presque aucun effet sur la récidive des contrevenants. Par conséquent, le déclin de l’idéal de réhabilitation a laissé toute la place au modèle punitif qui, sans cependant connaître plus de succès au chapitre de la prévention de la récidive, a eu des conséquences extraordinaires sur les taux d’incarcération, mais a également engendré des coûts énormes sur les plans social, humain et économique. Le document relate enfin la réapparition du modèle réhabilitatif (le « What Works Movement ») qui prend de plus en plus de l’ampleur dans beaucoup d’organisations correctionnelles dans plusieurs pays. Ce deuxième texte vise principalement à apporter un meilleur éclairage à la question de la réhabilitation des contrevenants.

L’objectif de ces deux textes est d’apporter une explication sur deux phénomènes qui ont des incidences importantes et qui concernent le ministère de la Sécurité publique, soit l’opinion publique et la réinsertion sociale des personnes contrevenantes.

Dernière mise à jour : 30 janvier 2006