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Ministère de la Sécurité publique

Découvrez 100 ans de détention à Montréal

Le 18 novembre 1912, les 100 premiers prisonniers franchissaient les portes de l'Établissement de détention de Montréal. Un siècle plus tard, le ministère de la Sécurité publique lève le voile sur l'histoire de cette mythique prison, dite « de Bordeaux ». Quelques entrevues et visites seront exceptionnellement autorisées aux médias pour faire connaître cet édifice unique au Québec.

L'Établissement de détention de Montréal a été témoin d'événements importants et a participé à la transformation du système carcéral québécois. Ce dernier est en effet passé d'une vision purement punitive, où la peine capitale était possible, à un modèle de réinsertion sociale aujourd'hui reconnu par des observateurs internationaux. Une première cohorte de détenus formés « en dedans » ont même reçu un diplôme cette année à l'Établissement de détention de Montréal.

Mais il faut remonter à l'automne 1907, lors de la première pelletée de terre, pour connaître l'histoire de cet établissement. Charles-Amédée Vallée, alors gouverneur de la prison « au Pied-du-Courant », avait réussi à convaincre les autorités de la nécessité de construire un nouvel établissement. Les travaux durèrent cinq ans et soulevèrent les protestations des citoyens. Les journalistes de l'époque ne manquèrent pas d'en faire leurs choux gras.

Le résultat n'en reste pas moins saisissant! L'architecture de l'Établissement de détention de Montréal, inspirée du modèle pénitentiaire pennsylvanien, en forme d'étoile, mais aussi influencée par l'omniprésence de la religion catholique, fait aujourd'hui partie du patrimoine montréalais.

D'un point de vue extérieur, l'Établissement de détention de Montréal semble être figé dans le temps. Il a même servi de lieu de tournage pour plusieurs films d'époque. Cependant, des évasions, ainsi que des émeutes et des soulèvements, ont entraîné des modifications à son architecture interne, qui est aujourd'hui beaucoup plus sécuritaire.

Cet anniversaire est une occasion unique de démythifier l'Établissement de détention de Montréal. Il a accueilli entre ses murs des milliers de détenus, dont certains, comme Jacques Mesrine ou Richard Blass, ont marqué l'imaginaire collectif. Il s'agit d'un endroit hors du commun et fascinant qu'il vaut mieux apprendre à connaître de l'extérieur…

Photos de l'Établissement de détention de Montréal

Établissement de détention de Montréal en construction en 1910
Vue aérienne de l’Établissement de détention de Montréal en construction, 1910.

Un siècle sous surveillance : le centenaire de la prison de Bordeaux (documentaire)

L’ouverture de l’Établissement de détention de Montréal

La prison dite « de Bordeaux », car située près du petit village d'agriculteurs du même nom, entame ses activités le 18 novembre 1912 avec l'arrivée de ses 100 premiers prisonniers. Après avoir fait la manchette pendant ses années de construction, c'est pourtant très discrètement que la nouvelle prison est ouverte. L'établissement carcéral remplace la prison de Montréal dite « du Pied-du-Courant », devenue désuète et dangereusement surpeuplée pendant ses années d'utilisation. Bordeaux est la première prison de Montréal à être construite aussi loin des édifices d'administration de la justice, tous situés dans le quadrilatère près de la Place d'Armes. Cet éloignement géographique rend difficile l'acheminement des prisonniers vers la nouvelle prison. Six mois après son ouverture, environ 150 prisonniers y sont détenus, alors qu'elle pourrait en accueillir plus de 500. En 1915, l'avènement d'un tramway blindé, utilisé pendant une dizaine d'années, améliore le flot de la clientèle carcérale.

D’une vision punitive à un modèle de réinsertion sociale

Signe du temps, c'est une vision purement punitive qui primait en matière carcérale à l'ouverture de l'Établissement de détention de Montréal en 1912. Les gardiens de prison étaient souvent d'anciens militaires à la retraite, sans expérience. En 1962, on parlait encore de l'insuffisance et du manque de formation du personnel et la moyenne d'âge des gardiens était de 52 ans.

En 1978, un changement important dans la gestion des sentences d'incarcération s'amorce avec la création de la Commission québécoise des libérations conditionnelles. La réinsertion sociale des personnes détenues est une des idées fondatrices de cette réforme.

De nos jours, les nouveaux agents des services correctionnels reçoivent une formation de qualité et les divers établissements de détention du Québec peuvent compter sur les services d'une centaine de professionnels . Les détenus bénéficient de programmes, de services de soutien à la réinsertion sociale et de traitements spécialisés pour diminuer les risques de récidive. Ainsi, à l'Établissement de détention de Montréal, 16 détenus ont obtenu en 2011-2012 leur diplôme d'études professionnelles en pose de systèmes intérieurs. Ils sont ainsi mieux outillés pour réintégrer la société et les chances qu'ils récidivent sont donc significativement réduites.

Bordeaux alimente le débat sur la peine capitale

Les deux potences de l'Établissement de détention de Montréal ont été témoins de 82 exécutions entre 1914 et 1960. Plusieurs d'entre elles ont alimenté de vifs débats de société et même modifié le cours de l'histoire judiciaire au Québec. Ainsi, la pendaison de Tommasina Sarao en 1935, qui a pris une tournure imprévue et fait scandale dans toute l'Amérique du Nord, a relancé le débat sur la pendaison des femmes et remis en question la présence de tiers, dont les journalistes, lors des exécutions. Cet événement a changé irrémédiablement le visage de la transmission de l'information au public par les médias. L'exécution de Wilbert Coffin en 1956, dont la culpabilité a été remise en question de façon véhémente par une certaine opinion publique, est un point marquant dans le débat de société sur la peine capitale au Canada. L'Établissement de détention de Montréal a donc été un témoin privilégié d'une page importante de notre histoire judiciaire.

Des détenus mieux outillés

Fidèle à sa mission de réinsertion sociale de la clientèle contrevenante qui lui est confiée, l'Établissement de détention de Montréal, en collaboration avec l'École des métiers de la construction et le M.E.L.S., a offert en 2011-2012 un programme d'études professionnelles en pose de systèmes intérieurs. D'une durée de 645 heures, ce programme peut être suivi pendant la durée de l'incarcération du participant. Un soutien pour le recrutement, l'accompagnement et le maintien en emploi a été offert par l'organisme La Boussole du YMCA grâce à un appui financier d'Emploi-Québec. Le fonds de soutien à la réinsertion sociale de l'EDM a également été mis à contribution pour différentes dépenses liées à la formation. Les perspectives d'emploi sont bonnes pour ce secteur en pleine expansion qui offre des conditions salariales attrayantes. En janvier 2012, 16 personnes incarcérées de l'EDM ont fièrement reçu leur diplôme. Elles ont ainsi un outil de plus afin de se réinsérer avec succès dans la société.

Un homme et sa vision : Charles-Amédée Vallée

Charles-Amédée Vallée devient gouverneur de la prison de Montréal, dite « au Pied-du-Courant », en 1891. Dès le début de son mandat, il dénonce inlassablement l'état de la vieille prison dont il peine à combler les lacunes au quotidien. Cet ancien militaire, zouave pontifical fait chevalier de l'ordre de Saint-Grégoire-le-Grand pour sa participation à la campagne de Rome, est l'instigateur d'une série de réformes qui marquent une période de renouveau en ce qui a trait aux conditions de détention à Montréal. Leader, travailleur acharné, visionnaire et spécialiste autodidacte des sciences pénitentiaires, il réclame, obtient et supervise la construction du nouvel établissement. Ses voyages d'études aux États-Unis et en Europe lui ont permis de connaître ce qui se fait alors de mieux en matière d'établissements carcéraux et ont orienté les plans de l'architecte Jean-Omer Marchand, concepteur de l'Établissement de détention de Montréal.

Une construction sous le signe de la contestation

À l'automne 1907 se tient la cérémonie de la première pelletée de terre du nouvel Établissement de détention de Montréal, inlassablement réclamé depuis 1891 par le dernier gouverneur de la prison du Pied-du-Courant, Charles-Amédée Vallée. La construction débute peu après et sera marquée par bien des contestations. L'ouverture est maintes fois repoussée et les coûts dépassent les estimations. Le gouverneur Vallée a voulu une prison à l'architecture austère, mais dotée d'un certain confort moderne. Chaque cellule comprend un lit, une petite table de travail, une fenêtre et un cabinet d'aisances, et est approvisionnée en électricité. Ces commodités n'étant pas le lot du citoyen moyen en ce début de 20 e siècle, la population s'indigne rapidement contre ce confort « outrancier » consenti aux prisonniers. Le débat est alimenté par la presse, qui en fait ses choux gras.

L’architecture de l’Établissement de détention de Montréal

La prison de Bordeaux est construite selon le modèle pennsylvanien en forme d'étoile, très répandu dans le domaine de l'architecture carcérale. Six ailes divergent de la rotonde centrale et séparent des cours extérieures de forme triangulaire. Elle est inspirée de l'Eastern State Penitentiary de Philadelphie. Ce modèle architectural est associé à une philosophie carcérale qui prône l'isolement cellulaire afin de favoriser la réflexion du prisonnier et l'expiation de ses fautes. Cependant, selon le gouverneur Charles-Amédée Vallée, rien n'est pire dans une prison que l'oisiveté. Fervent défenseur des bienfaits du travail des prisonniers, il privilégie donc un régime de vie qui facilite l'organisation du travail bien qu'il soit généralement associé à un style auburnien d'architecture carcérale, du nom de la prison d'Auburn, dans l'État de New York, où on préconise une vie en commun, mais en silence, pour le travail et les activités de jour, et l'isolement la nuit. Au cours des années, les diverses rénovations effectuées préservent l'aspect extérieur du bâtiment, mais entraînent une organisation intérieure qui maximise le niveau de sécurité essentiel à tout édifice carcéral de cette taille.

L’influence de la religion catholique au début du siècle

Au moment de la construction de l'Établissement de détention de Montréal, entre 1907 et 1912, la religion catholique a une très grande emprise sur le quotidien des Québécois. Cette importance se reflète jusque dans l'architecture de la prison. La chapelle catholique est sise dans un endroit stratégique, permettant à l'aumônier de « prêcher » en étant entendu de tous. Elle surplombe toute la prison sous un dôme central surmonté d'une croix et visible de loin. En ce début de 20 e siècle, la notion de réinsertion sociale est intimement liée au religieux. Le comportement criminel est essentiellement vu comme le reflet de l'immoralité d'une « brebis égarée ». On espère donc que la réflexion du prisonnier sur ses fautes provoquera chez lui un repentir sincère et son retour définitif dans le « droit chemin ». Au cours des années, l'aspect religieux évolue au rythme de la société québécoise et laisse progressivement place à une plus grande diversité de cultes (imam, rabbin, repas kasher, hallal).

L’Établissement de détention de Montréal au cinéma

« Tu sais, si vous étiez déjà tous en prison, eh bien il n'y aurait pas de vol de banque », déclare Carol à Noodles, le personnage interprété par l'acteur Robert de Niro, devant une banque de la ville de New York. La scène est tirée du film de Sergio Leone Once Upon a Time in America et la fausse banque est en fait la façade de l'Établissement de détention de Montréal. D'un style architectural particulièrement intéressant pour les cinéastes, cet édifice a servi de lieu de tournage à plusieurs grandes productions du septième art. Des épisodes importants de l'histoire de la prison sont aussi soulignés dans le répertoire cinématographique québécois. L'Établissement de détention de Montréal est un personnage important des films « L'Affaire Coffin », « Le piège américain » et « Requiem pour un beau sans cœur » ainsi que pour certains épisodes de la série « Les grands procès ».

Les évasions

En 100 ans d'histoire, près de 90 détenus se sont évadés de l'Établissement de détention de Montréal . La première évasion répertoriée est celle de Joseph Masse le 8 juillet 1916. Une autre, en septembre 1938, marque l'imaginaire populaire quand quatre prisonniers présumés dangereux s'évadent de l'hôpital de Bordeaux. Celle de Lucien Rivard, le 2 mars 1965, retient l'attention, notamment en raison du caractère moqueur de Rivard, qui s'amuse à narguer les autorités pendant sa cavale, multipliant les lettres où il s'excuse « pour les ennuis causés ». La plus spectaculaire demeure toutefois celle de Richard Blass en 1969. Avec huit complices, il s'évade d'un fourgon cellulaire conduit par le gardien Léon Lavigne, le père de Diane Lavigne, agente des services correctionnels, assassinée en 1997. Quelques évasions surviennent aussi dans les années 90, mais se font maintenant très rares compte tenu du resserrement de la sécurité de l'établissement au fil de ses rénovations.

Les émeutes

Le 4 mai 1952, l'Établissement de détention de Montréal connaît une des plus sérieuses émeutes de son histoire. Les régimes de vie sont devenus moins restrictifs et les prisonniers davantage revendicateurs quant à leurs conditions de détention. Le « pâté chinois au mouton » qui trouve régulièrement place dans les gamelles ne fait pas leur affaire. Ils menacent de se soulever si on leur en sert encore une fois. Lorsque le repas détesté revient au menu, cela suffit à mettre le feu aux poudres. Les prisonniers prennent par la force le contrôle de toute la prison, celle-ci n'étant pas conçue pour contenir une telle révolte. Au bout de quelques heures, les révoltés vont toutefois s'apaiser et joindre leurs forces à celles des autorités pour éteindre les incendies et ramener le calme. Cette émeute et d'autres soulèvements au cours des décennies entraîneront des modifications à l'architecture interne de l'Établissement de détention de Montréal et un renforcement de la sécurité des lieux.

Les prisonniers qui ont fait la une

L'incarcération de plusieurs prisonniers bien connus du public marque les annales de l'Établissement de détention de Montréal. En 1924, l'abbé Adélard Delorme y fait un bref séjour alors qu'il est accusé du meurtre de son frère. Cette histoire crée un scandale, à une époque où le clergé apparaît puissant et intouchable. L'ennemi public numéro 1 en France, Jacques Mesrine, y séjourne à la fin des années 60 ainsi que quelques membres du Front de libération du Québec dans les années 70. Wilbert Coffin, Richard Blass et Lucien Rivard font partie des prisonniers dont l'incarcération a fait l'objet d'une couverture médiatique hors du commun. L'Établissement de détention de Montréal a aussi gardé en ses murs quatre tueurs en série : Kenneth Ford (1953), Léopold Dion (1964), William Fyfe (1979) et l'américain William Dean Christensen (1982). En raison de l'opinion publique divisée sur la question, les femmes emprisonnées et pendues à Bordeaux ont aussi retenu l'attention des médias : Tommasina Sarao (1935), Marie - Louise Cloutier (1940) et Marguerite Pitre (1953).

Dernière mise à jour : 19 novembre 2012