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Ministère de la Sécurité publique

Les solutions possibles pour contrer l'érosion des berges

Au cours des dernières décennies, différents types de construction ont été réalisés pour protéger des portions de côtes comportant un ensemble de bâtiments ou des infrastructures importantes.

Par exemple, on peut voir à plusieurs endroits sur le littoral de la Côte-Nord ou de la Gaspésie des enrochements protégeant une route ou des secteurs urbanisés. On peut aussi voir des épis, c’est-à-dire des murs de roches qui s’avancent dans la mer perpendiculairement de la côte.

Cependant, les nouvelles connaissances sur le fonctionnement global du littoral nous permettent de démontrer que les processus côtiers peuvent être perturbés lorsqu’un ouvrage de protection est installé sur le rivage.  En effet, bien que les ouvrages permettent de réduire l’érosion localement, ils entraînent une détérioration accélérée des secteurs adjacents et une perte presque complète de la plage, rendant nécessaire de nouvelles interventions. L’effet domino engendré par ces interventions à la pièce, sans perspective d’ensemble, constitue l’un des principaux problèmes en matière de gestion du risque d’érosion des berges.

Les interventions sur les berges doivent être basées sur une connaissance approfondie des phénomènes d’érosion et être réalisées à la suite d’une planification reposant sur une approche globale qui tienne compte d’une vision d’ensemble du littoral. La gestion de la zone côtière doit être adaptée aux processus évolutifs du littoral. Cela évitera que des interventions à la pièce amplifient le problème et nécessitent des déboursés tout aussi difficiles à assurer pour la collectivité.

Les solutions doivent s’appliquer à l’ensemble d’un secteur, en privilégiant des techniques qui respectent le fonctionnement naturel du littoral, et ce, dans une perspective de développement durable. Dans plusieurs cas, il faut accepter que la côte recule et que certaines plages se maintiennent avant tout grâce au sable provenant de l’érosion des falaises sableuses.

Quelques ouvrages de protection

Si vous constatez que votre terrain s'érode, que votre habitation est en péril et que vous envisagez la construction d'un ouvrage de protection, communiquez avec votre municipalité avant d'entreprendre des travaux. Dans certains cas, ils sont interdits, car ils peuvent générer des problèmes encore plus importants. Voici quelques mesures de protection souvent implantées et les répercussions qui y sont associées.

Mur de soutènement et enrochement

Un muret de bois, de béton ou même de plaques de métal peut être installé pour retenir les sédiments d'un talus de faible hauteur et le protéger des vagues. L'enrochement consiste en un empilement structuré de blocs rocheux devant un talus en érosion. Une membrane géotextile est souvent installée sous la structure pour limiter la fuite de particules entre les blocs. Ces ouvrages sont coûteux et doivent être calibrés par un ingénieur en hydraulique, qui en déterminera la hauteur et le calibre des pierres en fonction de la hauteur des marées et des vagues de tempête.

Mur de soutènement (Gaspésie). Photo : Christian Fraser, UQAR.
Protection de falaise par enrochement. Photo : R. Guèvremont.
Protection de falaise par enrochement

Effet de bout

Lorsque les vagues frappent un mur ou un enrochement, leur énergie est réorientée aux extrémités de l'ouvrage, ce qui peut accélérer l'érosion des rives voisines. C'est ce que l'on nomme l'effet de bout. Ainsi, les murs et les enrochements peuvent parfois aggraver le problème d'érosion et même entraîner la dégradation des côtes qui étaient auparavant en sécurité.

Travaux d'enrochement et effet de bout
Effet de bout (Pointe-aux-Outardes, Côte-Nord). Photo : UQAR.

Abaissement de la plage

Les murs et les enrochements protègent le talus, mais augmentent l'érosion des plages situées à leur pied. Une vague qui frappe directement un mur ou un enrochement conserve une bonne partie de son énergie et retourne vers le large en érodant la plage. De plus, cet abaissement et même la perte de la plage augmentent le risque que la rive soit inondée par la mer. En effet, le déferlement des vagues directement sur la structure verticale facilite le franchissement des vagues.

Abaissement de la plage causé par un mur de soutènement (Maria, Gaspésie). Photo : Christian Fraser, UQAR.

Épis

Contrairement au mur de soutènement ou à l'enrochement, cet ouvrage est perpendiculaire à la côte. Il peut être formé de pieux verticaux, enfouis dans le sol et placés les uns à côté des autres pour retenir les particules transportées par les vagues, tout en permettant une certaine circulation d'eau. Certains épis sont formés d'empilements de roches. Étant donné que les épis sont coûteux et perturbent fortement la dynamique côtière, ils doivent être installés avec précaution. Pour que les épis soient efficaces, il faut prévoir une étude en hydraulique maritime et avoir une grande connaissance de la dynamique côtière. Le but des épis est de capter le sable et le gravier transportés par les courants littoraux d'un côté de l'infrastructure. Par contre, il se créera immanquablement un déficit de l'autre côté de celle-ci. Il ne faut donc pas alimenter une portion de ce côté au détriment d'une autre.

Photo : Christian Fraser, UQAR.

Recharge en sable

La recharge en sable consiste à transporter du sable et/ou du gravier sur une plage, soit en le déposant directement sur celle-ci ou en marge du site. L'engraissement artificiel de la plage augmentera sa capacité à protéger la côte, en absorbant l'énergie des vagues. Cette méthode a un aspect très naturel et n'a pas d'effets négatifs sur la plage et les terrains avoisinants. Elle nécessite toutefois un entretien récurrent et peut, dans certains cas, représenter des investissements importants et nécessiter des études environnementales. Elle est peu utilisée actuellement, mais on l'envisage de plus en plus dans plusieurs secteurs du Québec maritime.

Végétalisation

Cette méthode consiste à planter les végétaux adaptés au milieu côtier qui retiendront les sédiments grâce à leurs racines. Il peut s'agir de ballots de terre et de matières végétales ou de plantations de plantes et d'arbustes en bordure de la côte. Les racines de l'espèce choisie doivent être denses et profondes (les rosiers, les framboisiers, etc.). Cette méthode est peu coûteuse et facilement réalisable. La végétation ne modifiera pas non plus la dynamique côtière. De bons exemples de végétalisation sont les plantations d'ammophile (blé de mer) dans les milieux dunaires, qui sont très efficaces, avec leurs très longues racines, pour retenir le sable. Cette méthode est toutefois soumise aux intempéries et au piétinement, qui peuvent les endommager.

Végétalisation (Baie des Chaleurs, Gaspésie). Photo : Christian Fraser, UQAR.

Source du contenu sur les ouvrages de protection

L'érosion littorale en Gaspésie : comprendre, agir, gérer. Document produit en collaboration avec la ZIP Baie-des-Chaleurs, la ZIP Îles-de-la-Madeleine, le Laboratoire de dynamique et de gestion intégrée des zones côtières de l'UQAR et le Gouvernement du Québec. Mars 2010.

Dernière mise à jour : 09 mars 2012