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Ministère de la Sécurité publique

Intersection

Bulletin d'information et de liaison sur la police de type communautaire

Numéro 32, juin 2011

Volet 2 - Itinérance et toxicomanie : Comprendre pour mieux interagir

Tour d'horizon

Les champs d’intervention de la police contemporaine sont largement diversifiés. Il en découle que le travail policier est varié et parfois complexe. Sensible à cette réalité, l’équipe de rédaction de la revue Intersection a choisi de s’intéresser aux interventions policières auprès de certaines clientèles marginalisées en y consacrant deux numéros sous le thème général Comprendre pour mieux interagir.

Le précédent numéro de la revue qui constituait le premier volet de la thématique avait été consacré au travail policier auprès de clientèles aux prises avec des problèmes de santé mentale. Le présent numéro est consacré quant à lui principalement aux interventions auprès de personnes vivant des problèmes de toxicomanie ainsi qu’auprès de personnes en situation d’itinérance.

Des nouvelles du Réseau Intersection : Le vent du renouveau souffle

Manon Bourbeau, directrice générale du Réseau Intersection

Précédemment, vous avez pu lire les éléments les plus importants du plan stratégique du Réseau Intersection. Le présent article présente la plupart des résultats obtenus pendant les deux dernières années.

Rappelons d’abord les principaux enjeux identifiés soit le développement de la police communautaire au Québec, le développement du leadership du Réseau Intersection et sa consolidation.

Comme le développement de la police communautaire au Québec passe par des outils de diffusion, le Réseau Intersection s’est attelé à bonifier ses produits existants ainsi qu’à maintenir leur niveau de qualité.

Un des moyens de promouvoir l’approche de police communautaire au Québec est de souligner l’excellence des initiatives, projets ou programmes mis de l’avant par les services policiers. Depuis 1996, le Réseau Intersection remet des prix annuels. Dans un premier temps, un comité a été formé afin de repenser complètement la formule du Prix.

Les membres de ce comité ont pris la décision d’abolir les différentes catégories liées à la provenance du projet telles qu’elles existaient auparavant (SPVM, SQ, service de police municipal) au profit d’un prix remis au meilleur projet selon l’une ou l’autre des quatre composantes formulées à l’intérieur de la politique ministérielle, Vers une police plus communautaire. Le prix d’Excellence Intersection 2010 a été remis au projet, UNITÉ sans violence, exprimez-vous! du Service de police de la Ville de Montréal.

En 2011, cinq finalistes ont été retenus parmi lesquels trois projets sont devenus lauréats. N’étant pas certains de la date de sortie du présent bulletin Intersection, il nous est apparu judicieux d’en taire les noms pour le moment et d’en réserver l’annonce pour le prochain numéro.

Un autre des objectifs du Réseau Intersection a été d’améliorer la formule de son séminaire annuel. Le Réseau désire permettre un échange entre les gens de terrain et les gestionnaires. Les plénières 2010 de la première journée ont été réalisées avec des périodes de questions d’une heure chacune afin de permettre à tous de s’exprimer.

En 2011, sous le thème, Le citoyen au coeur de l’action policière, nous avons repris cet objectif d’échange puisqu’il avait été apprécié et nous avons divisé le groupe en quatre afin de donner la possibilité à un plus grand nombre de s’exprimer.

Les ateliers de la deuxième journée ont maintenant une durée de trois heures pendant lesquelles plusieurs présentateurs sont invités à prendre la parole et de faire le lien avec la thématique annuelle. La première partie de chaque atelier est généralement consacrée à l’aspect théorique des problématiques et la deuxième partie diffuse les bonnes pratiques qui y sont reliées.

En ce qui concerne le bulletin Intersection et comme vous pouvez le constater, le présent numéro affiche une toute nouvelle facture graphique symbolisant le renouveau et la modernité du Réseau Intersection.

Dans un autre ordre d’idées, le Réseau Intersection a participé à quelques travaux du ministère de la Sécurité publique, entre autres, en ce qui a trait à son plan d’action

Afin de se faire connaître davantage, le Réseau Intersection a participé à quelques événements. Dans cette perspective, le Réseau a rencontré des associations policières dont l’ADPQ, l’ACCP, les préventionnistes de l’Estrie et l’association qui rassemble ceux de Longueuil, de Laval, des Laurentides, de Montréal et de la Montérégie. Une conférence d’une trentaine de minutes sur son plan stratégique a entre autres été présentée.

Dans le but d’augmenter le leadership du Réseau Intersection, un événement de presse a été organisé le 4 mai 2010 à Shawinigan pour annoncer le renouveau du Réseau et faire la promotion de son séminaire annuel. Les modifications apportées au Prix d’Excellence Intersection ont également été présentées aux nombreux journalistes présents. Dans la même veine, les journalistes ont été invités à participer au Séminaire Intersection-MSP 2011.

La consolidation du Réseau Intersection passe surtout par son financement. Les membres du conseil d’administration ont donc approché les services policiers de tous genres au Québec, afin de solliciter auprès d’eux, une cotisation pour devenir membre du Réseau. Ils ont également profité de chaque occasion qui leur était offerte afin de faire la promotion du Réseau Intersection et de recueillir l’adhésion des directeurs. Le taux de réponse des directions policières a augmenté de manière significative en 2011. De plus, cette année, les collèges où se donnent les techniques policières ont été approchés et leur taux de réponse correspond à nos attentes.

Fort de cet appui massif de la part du milieu policier, le Réseau Intersection a rencontré le ministère de la Sécurité publique et ensemble, nous avons trouvé une façon de faire satisfaisante visant à assurer la pérennité financière du Réseau.

Le Réseau Intersection est maintenant prêt à construire son site Internet. Dans un premier temps, il permettra de retrouver facilement le Réseau sur la toile. Par la suite, il sera alimenté avec des informations de toutes provenances servant à promouvoir et à développer la police communautaire au Québec.

Pendant la prochaine année, le Réseau Intersection entend examiner les différentes voies qui s’offrent à lui afin de mettre sur pied une communauté de pratiques. Pour mener à bien un tel projet, le Réseau Intersection préparera un ou plusieurs scénarios potentiels, explorera les possibilités de partenariat et sondera l’intérêt des personnes à la voir s’installer et surtout, à l’alimenter ainsi qu’à l’utiliser.

En conclusion, on peut dire que le repositionnement du Réseau Intersection est en bonne voie. La bonification de ses produits a requis un investissement de temps et d’efforts qui s’avère productif. Sa consolidation a démontré la valeur que représente le Réseau au sein des services policiers du Québec qui ont répondu à l’appel qui leur a été lancé. De plus, l’appui renouvelé du ministère de la Sécurité publique nous conforte au sujet de la nécessité de la pérennité du Réseau Intersection.

Le Réseau a entrepris des démarches stimulantes afin d’augmenter ses activités de diffusion et de veille stratégique en matière de police communautaire. Les personnes qui composent le Réseau Intersection se disent prêtes à relever leurs manches avec dynamisme afin de poursuivre à la fois la réflexion et l’action.

Circulation d'idées

La rubrique « Circulation d’idées » prend en compte la nécessité d’information théorique et conceptuelle autour de l’approche communautaire. Des résultats de recherche, des analyses théoriques ou toute autre information de ce type y sont présentés.

Vers une meilleure collaboration entre les services de police et les programmes de réduction des méfaits liés à l’usage des drogues

Richard Cloutier, agent de recherche et de planification, Service de lutte contre les infections transmissibles sexuellement et par le sang, ministère de la Santé et des Services sociaux du Québec

Les stratégies de lutte à la toxicomanie, dont la Stratégie nationale antidrogue du gouvernement du Canada1, ont jusqu’à maintenant mis davantage l’accent sur la prévention de l’usage des drogues (réduction de la demande), la diminution de l’offre par le contrôle des stupéfiants ainsi que la réadaptation des personnes aux prises avec une dépendance.

1 Gouvernement du Canada, Stratégie nationale antidrogue.

Ces stratégies, souvent soutenues par les milieux policiers, ne suffisent toutefois pas à elles seules pour lutter contre les épidémies de VIH et d’hépatites B et C qui sévissent dans plusieurs pays chez les personnes qui font usage de drogues. Aussi, une approche dite de réduction des méfaits a été proposée et soutenue par l’Organisation Mondiale de la Santé.

L’approche de réduction des méfaits : le pragmatisme et l’humanisme

L’Angleterre fut le premier pays à réagir aux effets néfastes de la toxicomanie et de l’épidémie du VIH en proposant une approche plus souple pour venir en aide aux personnes aux prises avec un problème de dépendance aux drogues.2 Au Québec, l’ampleur de l’épidémie de VIH chez les personnes qui font usage de drogues par injection, observée au cours des années 1990, a favorisé l’adoption de l’approche de réduction des méfaits développée dans plusieurs pays européens. Cette stratégie a révolutionné l’intervention auprès des usagers de drogues illicites car, au lieu de viser uniquement à réduire la consommation en soi, elle tente de réduire les conséquences néfastes associées à la consommation de drogues.3

2 O’Hare, P. (2007) « Merseyside, the first harm reduction conferences, and the early history of harm reduction ». Int J Drug Policy, 18(2), 141-4.

3 Strike et coll. (2006) Les programmes d’échange de seringues en Ontario : recommandations de pratiques exemplaires.

Cette approche se veut davantage pragmatique et humaniste que l’approche traditionnelle d’intervention en toxicomanie. En effet, le pragmatisme permet de ne pas viser essentiellement l’absence de consommation de substances pour intervenir auprès de personnes qui en font l’usage. Ainsi on peut aider les personnes qui consomment à tenter d’éliminer certaines substances, à modifier la nature ou la quantité de certains des produits consommés ou à modifier le mode de consommation. L’humanisme quant à lui, permet de tenir compte de la qualité de vie des personnes plutôt qu’uniquement de leur consommation de substances.4

4 Association des intervenants en toxicomanie du Québec. Réduction des méfaits.

L’approche de réduction des méfaits ne donne pas le feu vert à la consommation de drogues, elle aide à mieux gérer celle-ci lorsque la personne n’envisage pas ou ne peut envisager l’arrêt de la consommation.

Elle prône une série d’objectifs hiérarchisés visant à régler les problèmes les plus urgents d’abord. Par exemple, la stabilisation de l’état de santé de la personne aux prises avec un problème de consommation, la recherche d’un logement. Ceci permet de rejoindre les personnes les plus vulnérables et d’établir un lien de confiance qui peut faire toute la différence. L’approche suggère aussi le respect de la dignité des personnes qui utilisent des drogues, à titre de membres de la société à part entière. Ceci inclut une attitude non punitive sans poser de jugement à l’égard de l’utilisation de psychotropes.

Plusieurs endroits dans le monde ont intégré l’approche de réduction des méfaits dans leur stratégie d’intervention au regard de l’usage des psychotropes notamment la Suisse5 et la Colombie-Britanique6. On parle alors d’une stratégie d’intervention basée sur quatre piliers où la réduction des méfaits est complémentaire à d’autres mesures et s’intègre aux autres actions que sont la prévention, le traitement et la répression.

5 Office fédéral de santé publique (2000). La politique suisse en matière de drogue. 30 p.

6 City Of Vancouver. Four Pillars Drug Strategy.

Le Plan d’action interministériel en toxicomanie 2006-2011 du gouvernement du Québec se rapproche de ce modèle7, auquel a par ailleurs adhéré le ministère de la Sécurité publique, en faisant une place à l’approche de réduction des méfaits :

« Les personnes qui ne sont pas dépendantes mais dont la consommation de psychotropes génère des effets néfastes pour elles ou leur entourage, doivent bénéficier d’une intervention précoce. »

7 Gouvernement du Québec (2006). Unis dans l’Action. Plan d’action interministériel en toxicomanie 2006-2011. Ministère de la Santé et des Services sociaux. 80 p.

L’approche de réduction des méfaits ne s’applique pas qu’aux drogues illicites

L’approche de réduction des méfaits liés à l’usage de drogues n’est pourtant pas nouvelle. Elle existait bien avant les programmes d’échange de seringues notamment pour des drogues licites comme l’alcool. L’opération Nez Rouge en est le plus bel exemple : on n’applique pas de coercition auprès des consommateurs comme tel s’ils ont trop consommé d’alcool.

Au contraire, en sollicitant Nez rouge, on se voit félicité d’avoir pris ses responsabilités en ne conduisant pas sa voiture et on se fait raccompagner!

Les programmes qui aident les personnes dépendantes à l’alcool à mieux gérer leur consommation sont aussi développés à partir d’une approche de réduction des méfaits. Certaines personnes choisissent ainsi d’apporter des changements dans leurs comportements afin de réduire leur consommation plutôt que d’arrêter totalement de consommer. La prescription de timbres de nicotine fait aussi partie de cette approche alors que la drogue est administrée en diminuant les méfaits causés par l’inhalation.

Les programmes d’échange de seringues

C’est donc dans la perspective de réduire les méfaits liés à l’usage de drogues par injection qu’ont été mis en place au Québec dès 1989 les programmes d’échange de seringues. À l’époque, la prévention de la transmission du VIH et de l’hépatite était considérée plus urgente qu’uniquement l’arrêt de consommation comme moyen pour contrer ces épidémies.

En 1994, le ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS) a publié un cadre de référence pour la prévention du VIH auprès des personnes qui s’injectent des drogues (UDI). On y invitait les instances régionales de santé et de services sociaux à mobiliser les organismes communautaires, les CLSC et les hôpitaux, les pharmacies et les centres de réadaptation à mettre sur pied des programmes de prévention8.

8 Ministère de la Santé et des Services sociaux du Québec. L’usage de drogues et l’épidémie du VIH, cadre de référence pour la prévention. Centre québécois de coordination sur le sida, juin 1994.

Outre les mesures d’éducation relatives à l’injection à risques réduits, l’accès à des services psychosociaux, l’utilisation du condom et le traitement par la méthadone, le MSSS considérait la distribution de matériel d’injection stérile comme une stratégie de prévention efficace.

Dès 1989, l’Ordre des pharmaciens du Québec a publié une position reconnaissant que « le pharmacien distribuant des seringues pose un acte compatible avec son rôle de professionnel de la santé ». En 1998, l’Ordre était encore plus explicite en encourageant les pharmaciens à mettre sur pied des programmes de distribution de seringues et d’aiguilles dans leurs milieux de pratique9. L’Ordre des infirmières et infirmiers du Québec10 a aussi reconnu en 1999 l’importance que soient rendues accessibles les seringues aux UDI.

9 Ordre des pharmaciens du Québec (1998). Position de l’Ordre des pharmaciens du Québec sur la distribution de matériel d’injection (seringues/aiguilles) à des fins non-thérapeutiques adoptée par le Bureau de l’OPQ en sa séance du 24 février 1998.

10 Ordre des infirmières et infirmiers du Québec (1999). L’accès aux seringues pour les toxicomanes. Une priorité de santé publique. Prise de position adoptée par le Bureau de l’OIIQ à la réunion du 10 décembre 1998.

Il y a actuellement 913 centres d’accès au matériel d’injection répertoriés au Québec (tableau 1)11.

11 Ministère de la Santé et des Services sociaux du Québec (2009). Liste officielle des centres d’accès au matériel d’injection du Québec (distribution et vente) 2008-2009 Programme de prévention des infections transmissibles sexuellement et par le sang auprès des personnes qui utilisent des drogues par injection.

Centres d'accès au matériel d'injection répertoriés au Québec
5 organismes communautaires spécialisés 0,6 %
55 organismes communautaires 6 %
256 points de service en CLSC 28 %
51 centres hospitaliers 6 %
539 pharmacies 59 %
4 cliniques médicales 0,4 %

En 2008-2009, les programmes d’échange de seringues ont reçu la visite de 109 654 personnes12. Les ¾ sont des hommes, âgés en moyenne de 34 ans, les femmes sont un peu plus jeunes (29 ans). Plus de la moitié des services sont offerts la nuit. Ces programmes ont distribué au cours de cette période 1 630 00 seringues (moyenne de 14,9 seringues par contact d’usager), 561 000 Stéricups (contenants de chauffage) et 905 000 ampoules d’eau.

12 Noël, L. et Cloutier, R. Statistiques sur les services relatifs aux programmes de prévention du VIH et des hépatites B et C offerts aux utilisateurs de drogues par injection du Québec, avril 2008 à mars 2009, Institut national de santé publique du Québec, à paraître.

Le matériel est surtout distribué par les organismes communautaires. Le nombre de seringues distribuées semble imposant mais l’accès aux seringues devrait encore être amélioré au Québec afin d’assurer l’utilisation d’une seringue neuve pour chaque injection. À titre d’exemple, la Colombie-Britannique, une province dont le nombre d’UDI est semblable à celui du Québec (estimé à 23 000), distribue autour de 5,5 millions de seringues annuellement.

Cependant, ces programmes ne font pas que distribuer du matériel d’injection, ils offrent aussi de l’information et de l’éducation, de l’écoute et du soutien psycho social ainsi que de la référence notamment aux services de réadaptation en toxicomanie et de dépistage des infections transmissibles sexuellement et par le sang (ITSS).

Dans son rapport sur l’état de la population rendu public en mai 2010, le directeur national de la santé publique du Québec nous rappelle que la distribution de matériel d’injection et d’inhalation ainsi que l’accès à des services adaptés pour les personnes utilisatrices de drogues par injection constitue une stratégie efficace pour réduire les méfaits causés par l’épidémie silencieuse des ITSS qui sévit actuellement au Québec13. De nombreuses études scientifiques ont permis en effet de constater qu’ils font diminuer de façon importante le partage de matériel d’injection et ils ne font pas augmenter la consommation de drogues comme telle14,15,16,17. Ces programmes permettent véritablement le contrôle de l’épidémie de VIH. Il est par contre beaucoup plus difficile de limiter la transmission du virus de l’hépatite C (VHC), ce virus étant beaucoup plus résistant que le VIH. Ainsi au Québec, alors que 15 % des UDI sont infectés par le VIH, 63 % sont infectés par le VHC18.

13 Ministère de la Santé et des Services sociaux du Québec (2010). Les infections transmissibles sexuellement et par le sang, l’épidémie silencieuse. Quatrième rapport national sur l’état de santé de la population du Québec. 73 p.

14 Organisation mondiale de la santé (2004). Evidence for action technical papers. Effectiveness of sterile and syringes programming in reducing HIV/AIDS among injecting drug users. Genève. 54 p.

15 Institut national de la santé et de la recherche médicale de France (2010). Réduction des risques chez les usagers de drogues. Synthèse et recommandations.

16 Ministère de la Santé et des Services sociaux du Québec (2009). Actions proposées pour la prévention du VIH-sida et de l’hépatite C chez les personnes utilisatrices de drogues. Rapport du Comité conseil sur la prévention du VIH et du VHC chez les personnes utilisatrices de drogues. 62 p.p>

17 Wodak, Alex et Annie Cooney (2005). « Effectiveness of sterile needle and syringe programmes », The International Journal of Drug Policy, 16S, p.S31-S44.

18 Parent, R., M. Alary, C. Morissette, E. Roy, P. Leclerc, P.R. Allard et autres (2009). Surveillance des maladies infectieuses chez les utilisateurs de drogue par injection, réseau I-Track-SurvUDI, Épidémiologie du VIH de 1995 à 2008, Épidémiologie du VHC de 2003 à 2008, Institut national de santé publique du Québec, p. ix.

Au Québec, chaque année, 3 % des personnes qui font usage de drogues par injection deviennent infectées par le VIH, 27 % deviennent infectées par le virus de l’hépatite C.

Les services d’injection supervisée

La proportion importante de personnes toxicomanes infectées est une des raisons qui a amené les autorités de divers pays à envisager l’idée que les UDI puissent bénéficier de services d’injection supervisée. Il s’agit généralement de programmes d’échange de seringues qui permettent aux UDI de s’injecter sur place avec supervision. Cette mesure est reconnue pour réduire le partage de leur matériel d’injection et prévenir les surdoses. Elle permet aussi qu’il y ait moins de seringues usagées dans l’environnement, ce qui contribue à augmenter la sécurité des citoyens19. L’Ordre des infirmières et infirmiers du Québec20, l’Association des intervenants en toxicomanie du Québec21, l’Association des médecins spécialistes en santé communautaire du Québec ainsi que le Réseau juridique canadien VIH/sida22 ont pris position en faveur des services d’injection supervisée. Le MSSS entend à ce sujet « poursuivre avec les acteurs concernés la réflexion portant sur les services d’injection supervisée afin de mettre en place les conditions favorables à leur implantation éventuelle, notamment à l’égard de leur acceptabilité sociale »23.

19 Noël, L., F. Gagnon, A. Bédard, E. Dubé (2009). Avis sur la pertinence des services d’injection supervisée. Analyse critique de la littérature. Institut national de santé publique du Québec.

20 Ordre des infirmières et infirmiers du Québec (2008). Prise de position de l’OIIQ sur les centres d’injection supervisée.

21 Association des intervenants en toxicomanie du Québec (2008). Prise de position de l’Association des intervenants en toxicomanie du Québec concernant les services d’injection supervisée.

22 Réseau juridique canadien VIH/sida (2002). Créer des lieux sécuritaires pour l’injection au Canada : questions juridiques et éthiques.86 p.

23 Noël, L. et Cloutier, R. Statistiques sur les services relatifs aux programmes de prévention du VIH et des hépatites B et C offerts aux utilisateurs de drogues par injection du Québec, avril 2008 à mars 2009, Institut national de santé publique du Québec, à paraître.

Il convient de noter qu’un sondage SOM, réalisé en 2009 pour le MSSS auprès de la population québécoise, confirme qu’elle appuie les programmes d’échange de seringues (70 % sont tout à fait ou plutôt d’accord) et les services d’injection supervisée (63 % sont tout à fait ou plutôt d’accord)24.

24 Cloutier, R. (2010). Perceptions de la population québécoise à l’égard des personnes qui font usage de drogues et des programmes de réduction des méfaits. 24e rencontre nationale des intervenant(e)s en promotion de la santé et prévention des ITSS chez les personnes UDI, 11 mai. Longueuil.

Intervention de la police par rapport aux programmes d’échange de seringues

Certains responsables de programmes d’échange de seringues signalent des pratiques du milieu policier qui entraveraient l’utilisation de ces services par les UDI. Selon eux, la présence intensive de la police près des centres d’accès au matériel d’injection dissuade les UDI de transporter sur eux des seringues ou des instruments d’injection, même inutilisés25. En effet, les forces de l’ordre invoquent parfois comme preuve d’activités illicites le matériel d’injection porté par les UDI ainsi que les contenants de récupération de seringues fournis par le réseau de la santé et des services sociaux26.

25 Réseau juridique canadien VIH/sida (2007). Les pratiques policières et le risque de VIH pour les personnes qui utilisent des drogues. 23 p. Association des intervenants en toxicomanie du Québec (2008). Ob.cit.

26 Réseau juridique canadien VIH/sida (2007). Ob.cit.

C’est dans ce contexte que le MSSS a demandé en 2008 au ministère de la Sécurité publique que soit mis en place un comité interministériel afin de trouver des façons d’améliorer la cohérence entre les actions de sécurité publique et les actions de santé publique auprès des personnes qui font usage de drogues par injection. Afin de soutenir les travaux de ce comité, le MSSS a mandaté l’Institut national de santé publique du Québec pour produire une synthèse des connaissances à ce sujet et dresser un portrait de la situation au Québec. Le MSSS souhaite que soit poursuivie la démarche entreprise avec la Sécurité publique afin de favoriser une collaboration étroite entre les services policiers et les organismes communautaires impliqués

Le MSSS souhaite que soit poursuivie la démarche entreprise avec la Sécurité publique afin de favoriser une collaboration étroite entre les services policiers et les organismes communautaires impliqués auprès des UDI27.

27 Noël, L. et Cloutier, R. Statistiques sur les services relatifs aux programmes de prévention du VIH et des hépatites B et C offerts aux utilisateurs de drogues par injection du Québec, avril 2008 à mars 2009, Institut national de santé publique du Québec, à paraître.

L’exemple du Département de police de Vancouver

La collaboration développée par le Département de police de Vancouver (DPV) avec les acteurs de la santé et des services sociaux est fort intéressante et pourrait être certainement inspirante pour le Québec. Le DPV soutient officiellement l’approche de réduction des méfaits au travers de la Stratégie des quatre piliers sur la drogue de la Ville de Vancouver28. Alors que le DPV souhaite cibler particulièrement le crime organisé et lutter contre les problèmes engendrés par le trafic de drogues, il souhaite aussi améliorer la coordination avec les services de santé et les autres organismes qui orientent les usagers de drogues vers les programmes de traitement, de réadaptation ainsi que vers les services de counselling et de prévention. Ainsi le DPV indique qu’il soutient les objectifs de santé publique reliés aux programmes d’échange de seringues de même que le projet Insite qui offre un service d’injection supervisée.

28 City of Vanvouver. Police Department Drug Policy. 10 p.

Établir de meilleurs liens de collaboration entre les services de police et les programmes de réduction des méfaits liés à l’usage des drogues

Les travaux du Comité interministériel devraient bientôt proposer des pistes d’action permettant, à la fois aux services de police et aux organismes communautaires et de santé publique, de développer des liens de collaboration pour faciliter la lutte contre les infections transmissibles sexuellement et par le sang auprès des UDI. Ce serait un pas dans la bonne direction.

Donne-moi la chance de me connaître vraiment

Hauts pignons

L’appellation « Hauts pignons » est un jeu de mots à partir d’OPINION. Vous trouverez dans cette rubrique les opinions de personnalités connues et moins connues engagées dans le domaine de la sécurité publique.

Les interventions policières en lien avec la consommation de drogue

Eric Martin, Agent à la Section des ressources et actions communautaires au Service de police de l’agglomération de Longueuil

Le métier de policier est certes diversifié, dynamique et valorisant, mais, il est également fort complexe. En effet, les nombreuses lois et divers règlements avec lesquels doivent composer les agents au quotidien représentent un facteur de complexité.

Et ce, sans compter les diverses normes qui balisent les actions des policiers et les facteurs sociaux et culturels qui évoluent constamment et auxquels ces derniers doivent s’adapter. La société, ses normes, ses valeurs, ses lois et règlements, son seuil de tolérance sont en constante mouvance, ce qui n’est pas sans impact sur le travail quotidien des policiers. La consommation de drogue et la toxicomanie ne sont que deux exemples de situations où l’on demande aux policiers d’intervenir en faisant preuve à la fois de rigueur et de capacité d’adaptation, d’une stricte intervention légale et éthique, d’efficience et d’empathie.

Ce qui entoure la consommation de drogue est réglementé et peut entraîner une intervention policière qui découle directement de ces lois et règlements divers (que l’on pense à la possession simple, le trafic, à la conduite de véhicules moteurs, etc.). De plus, les actes et comportements induits par la consommation peuvent aussi être concernés par des lois ou règlements (infractions criminelles, nuisance publique, etc.) ou engendrer des appels aux services d’urgence (bruit excessif, personne endormie dans un lieu public, etc.). Bref, le fait de consommer peut amener une personne à être au coeur d’une intervention policière.

Nous savons qu’il existe différents types de consommateurs. Qu’il soit occasionnel, régulier, abusif ou surconsommateur, chacun d’eux peut être à l’origine de diverses situations problématiques et les interventions pour les résoudre sont tout aussi diversifiées. À titre d’exemple, les consommateurs occasionnels peuvent générer des déplacements policiers pour nuisance, bagarre, fête qui dérape…

Les problèmes de consommation abusive et de surconsommation, bien que moins fréquents, apportent aussi leur lot d’interventions. En plus des interventions en période d’intoxication, les périodes d’abstinence (voulues ou non) peuvent aussi nécessiter des interventions policières, car les gens peuvent démontrer non seulement des signes de nervosité, mais également, d’agressivité qui peuvent s’accompagner de douleurs physiques et de troubles psychiques.

Dans les cas extrêmes, le besoin de consommer devient omniprésent et rien n’a plus d’importance que de se procurer la substance. Les infractions criminelles peuvent alors devenir une solution de choix pour y parvenir. D’ailleurs, le vol qualifié commis dans un commerce ou sur une personne, même sur des proches, est souvent privilégié. Il s’agit souvent de crimes improvisés, non planifiés, et dont les dénouements sont parfois désastreux.

La violence qui peut découler de ces actes mène en certaines occasions à des blessures ou encore le montant récolté est si minime que l’auteur doit récidiver pour parvenir à ses fins. De plus, lors de l’arrestation du suspect, il arrive qu’il soit agité, en perte de contact avec la réalité et insensible à la douleur, sans compter qu’il peut être armé ou en possession de seringues souillées, lames de rasoir et autres. Tous ces éléments viennent augmenter le niveau de risque et de stress pour les policiers lors de l’intervention.

C’est d’ailleurs l’ensemble de ces facteurs qui amène les agents à redoubler de prudence lorsqu’ils ont à intervenir auprès de toxicomanes. L’une des craintes chez les patrouilleurs est celle d’être contaminé par une infection transmissible sexuellement et par le sang (ITSS) lors de la fouille ou de l’arrestation d’une personne, voire même lors d’un simple transport vers un autre lieu. Nous connaissons tous un confrère policier qui s’est blessé sur une seringue possiblement souillée. Des interventions médicales sont alors nécessaires et le stress d’une possible contamination peut affecter non seulement le policier concerné, mais également, sa famille et ses co-équipiers.

Lorsqu’il a y commission d’un acte criminel par la personne intoxiquée, le mandat des policiers est clair et leur présence se justifie par le fait de devoir mettre fin à l’infraction ou de procéder à l’arrestation du fautif. Là où la confusion s’installe, c’est lorsque les agents agissent dans un cadre qui tient davantage de l’intervention sociale. Par exemple, les policiers qui interviennent auprès d’une personne intoxiquée doivent souvent la calmer puisqu’il peut y avoir de l’agressivité. Il faut l’avoir expérimenté pour bien comprendre à quel point il est quasi impossible de communiquer adéquatement avec une personne dans cet état. Nous avons alors un mélange explosif pour une intervention davantage physique et empreinte de risque de blessures pour le citoyen, mais aussi pour les intervenants de première ligne (policiers, ambulanciers, personnel médical).

Au quotidien, les services policiers doivent gérer les problématiques reliées à la toxicomanie. La surconsommation provoque des nuisances ou problématiques diverses : déchets de consommation, itinérance, sentiment d’insécurité dans le secteur, prostitution, personne instable psychologiquement, violence et bien d’autres. On jette le blâme rapidement sur les corps policiers en leur reprochant de ne pas intervenir suffisamment ou trop, selon le point de vue. Les agents ressentent une pression qui les pousse à agir, mais avec les outils limités dont ils disposent tels : constat d’infraction, arrestation, expulsion de certains lieux sans pouvoir rediriger l’individu vers un autre endroit. Les policiers sont conscients que ce type d’intervention n’est pas nécessairement efficace pour résoudre la situation à long terme, mais faute de disposer d’outils adaptés, ceux-ci n’ont d’autre choix que de régler ponctuellement la situation problématique.

Au-delà du fait d’avoir à leur disposition des outils adaptés à la problématique de la toxicomanie et de la consommation de drogues, les policiers devraient pouvoir compter sur des ressources dans le milieu qui soit en mesure de prendre charge de la situation, selon le cas, et l’individu. Les patrouilleurs devraient pouvoir remettre, dès que la situation est sécuritaire, la personne intoxiquée ou aux prises avec un problème de consommation à des professionnels, et ce, dans des lieux adaptés. Ce genre de service ne peut exister qu’avec un horaire de 24/7 qui malheureusement, n’est pas instauré partout.

En conclusion, la « partie visible » de la toxicomanie ou de la consommation de drogues est actuellement gérée et traitée en première ligne, et ce, trop souvent par les policiers laissés seuls à eux-mêmes sans ressources ni intervenants spécialisés pour les supporter. On doit s’éloigner de la tendance actuelle qui exige des policiers d’intervenir dans des champs de compétences qui débordent largement de leurs mandats initiaux, soit : de protéger la vie et les biens des citoyens, maintenir la paix et faire respecter les lois et règlements en vigueur (articles 48 et 69 de la Loi sur la police, L.R.Q. c. P-13.1). C’est pourquoi il appert de plus en plus que la solution réside dans la mise en place d’équipes multidisciplinaires où chaque intervenant saura agir adéquatement et dans les limites de sa profession.

Les services policiers et le phénomène de l’itinérance au Québec

Isabelle Billette, Conseillère, Section recherche et planification, Service de police de la Ville de Montréal

L’itinérance au Québec

L’itinérance a plusieurs visages. Elle touche une population très hétérogène tant sur le plan des trajectoires de vie que sur des problématiques avec lesquelles les personnes sont aux prises. Par exemple, sur le plan des trajectoires, on retrouve notamment des groupes importants de jeunes, d’hommes de plus de 55 ans, de femmes et d’autochtones. En ce qui a trait à la diversité des problématiques vécues, on retrouve notamment des personnes aux prises avec un ou plusieurs des problèmes suivants : toxicomanie, alcoolisme, santé mentale, santé physique (VIH ou autres maladies infectieuses), isolement, extrême pauvreté, désorganisation sociale, etc.

L’itinérance serait une conséquence de la combinaison de plusieurs facteurs sociaux (exclusion systémique, contingence du marché de l’emploi, manque de logements à prix abordable, coupure dans les services publics, etc.) et individuels (trajectoire de vie difficile, toxicomanie, problème de santé mentale, etc.).

Si on sait que ce sont les quartiers centraux des centres urbains qui sont le plus fortement touchés, il y en aurait de plus en plus à travers la province, sans qu’on n’en connaisse le nombre exact29. Selon l’appréciation de la situation actuelle par plusieurs acteurs du milieu, la situation aurait empirée au cours des années et est très préoccupante.

29 Le dernier dénombrement des personnes itinérantes a été réalisé en 1997 et seulement pour les villes de Montréal et de Québec. À cette époque, le nombre de personnes ayant été sans domicile fixe au moins une fois sur une période de 12 mois pour Montréal avait été évalué à 12 666 et à 3589 pour Québec. Référence : S. Chevalier et L. Fournier (1998), Dénombrement de la clientèle itinérante dans les centres d’hébergement, les soupers populaires et les centres de jour des villes de Montréal et de Québec en 1996-1997, Santé Québec.

Itinérance et occupation de l’espace urbain

Dans un contexte où elles n’ont pas d’espace privé à elles, les personnes vivant en situation d’itinérance se retrouvent souvent en situation d’empiéter sur l’espace privé de quelqu’un d’autre ou en violation de l’espace public (dormir dans un parc, uriner à l’extérieur, flâner dans le métro, etc.). De plus, en raison de leur grande précarité qui les amène à vivre dans une logique de survie matérielle et sociale (pour se nourrir, se loger, parler, assouvir leur dépendance, etc.), les personnes vivant en situation d’itinérance auront ou vivront parfois d’activités plus ou moins licites (prostitution, vol, vente ou consommation de stupéfiants, squeegee, quête, etc.).

Ces caractéristiques en dérangent plusieurs. Leur occupation de l’espace urbain perturbe la tranquillité recherchée. Ils ont un impact sur la manière dont sont perçues la qualité de vie et la sécurité. On les rend souvent responsable de plusieurs nuisances physiques (bruit, seringues et condoms à la traîne, etc.) et sociales (trouble de la paix, flâner, petits crimes, attroupement dans les parcs, etc.).

Les signes de mécontentement quant aux problèmes de cohabitation sont nombreux : en plus des appels fréquents au 911, il y a les plaintes écrites (Ville, police, etc.), les plaintes sur des tribunes publiques (conseil d’arrondissement, rencontres municipales sur la sécurité publique, forums divers, etc.), les publications dans les journaux et sur le Web, la formation de comités et d’associations de citoyens et de commerçants qui dénoncent les diverses nuisances qu’ils attribuent à la présence de personnes vivant en situation d’itinérance, les résultats des sondages sur la qualité de vie et la sécurité, etc.

Face à cette situation, en tant qu’intervenants d’urgence disponibles 24 heures sur 24, les patrouilleurs sont non seulement sollicités de nombreuses fois par jour pour intervenir auprès de personnes vivant en situation d’itinérance, mais ils sont également dans l’obligation d’agir.

Les réalités de la police à l’égard de l’itinérance

Le rôle des services policiers à l’égard du phénomène de l’itinérance est le même qu’il a à jouer auprès de tous les citoyens, celui du maintien de la paix et du contrôle de la criminalité. Aussi, tout comme pour les autres citoyens, les patrouilleurs ne sont généralement pas appelés à intervenir auprès de toutes les personnes vivant en situation d’itinérance. Nombreuses sont celles qui ne seront jamais interpellées par la police. Cela dit, les raisons pour lesquelles les patrouilleurs interviennent auprès de ces personnes à toute heure du jour sont régulièrement propres à leurs conditions de vie très précaires et aux problématiques avec lesquelles elles sont aux prises.

Relativement à l’ensemble des situations, il n’y a pas de réponse unique à adopter. D’ailleurs, les policiers adaptent généralement leur réponse en fonction des situations qu’ils rencontrent : évincer simplement, référer à des organismes de soutien, arrêter lorsque la situation l’exige, remettre un constat d’infraction, faire circuler, accompagner dans un centre hospitalier, recourir au service d’un organisme tel UPS-J à Montréal, etc.

Une chose est certaine, le temps policier passé à répondre à ces situations est dans plusieurs cas très important, non seulement à cause du nombre global élevé d’interventions30, du nombre élevé d’interventions auprès des mêmes personnes, mais également à cause de leur durée. Dans plusieurs cas, les policiers devront effectivement passer beaucoup de temps à répondre aux situations impliquant des personnes vivant en situation d’itinérance. C’est notamment le cas lorsqu’il y a une référence à un organisme, l’implication d’autres partenaires, un accompagnement à l’hôpital, l’arrestation de la personne ou encore lorsque la personne présente un problème de santé mentale ou encore d’intoxication.

30 Par exemple, à Montréal, au cours des mois de juin, juillet et août, le SPVM a reçu plus de 1000 appels par mois qui concernaient une ou des personnes vivant en situation d’itinérance.

Les diverses logiques d’intervention auprès des personnes vivant en situation d’itinérance

Diverses instances sont concernées par le phénomène de l’itinérance : services de santé et sociaux, organismes communautaires, services de sécurité privée, municipalité (travaux publics, service d’habitation, service du développement social, service de police, etc.), système de justice, groupes de citoyens et de commerçants, organismes voués à la défense des droits, etc.

Toutes ces instances visent à améliorer la situation, mais selon leur mandat, la perception de ce qui est problématique, les contraintes légales, les priorités locales et organisationnelles, etc., les fins poursuivies par les actions ne sont pas les mêmes. Par exemple, parfois elles visent la santé des individus, leur réinsertion ou la défense de leurs droits, d’autres fois elles visent plutôt la propreté d’un lieu, ou encore les actions qui ciblent la sécurité et le sentiment d’insécurité d’une population.

Les actions posées peuvent également viser le profit commercial. L’accent est ainsi parfois mis sur les personnes et d’autres fois sur les conséquences de leur présence dans les espaces urbains.

Plus spécifiquement, à l’égard du phénomène de l’itinérance, quatre grandes logiques d’intervention cohabitent. Si elles ne sont pas incompatibles dans l’absolu, elles sont la source de divers conflits sur le terrain et sur la place publique.

Être capable de se remettre en question pour aller de l'avant.
Jacques, itinérant

Les quatre grandes logiques d’intervention sont les suivantes :
  • promotion de la santé pour comprendre, soutenir et soigner : logique principalement portée par les acteurs du système de santé et des services sociaux;
  • réduction des méfaits pour prévenir les abus et défendre les droits à la marginalité : logique principalement portée par certains groupes et organismes communautaires;
  • gestion de l’ordre public pour condamner ou prévenir les actes dérangeants : logique principalement portée par la police et les autres acteurs du système réglementaire;
  • gestion de l’environnement urbain en termes d’aménagement du milieu de vie : logique principalement portée par certains groupes d’acteurs municipaux et souvent réclamée par les regroupements de citoyens et de commerçants.

À la lumière de ce constat, il apparaît évident que les préoccupations des services policiers à l’égard de l’itinérance diffèrent de celles des autres acteurs. Par exemple, il ne leur revient pas d’agir sur la situation de vie des personnes, contrairement aux services sociaux et de santé. Par ailleurs, toute amélioration de la situation de l’itinérance n’a pas à passer par une transformation de ces logiques, mais par leur plus grand arrimage, comme plusieurs initiatives ont d’ailleurs déjà été prises en ce sens.

Signalons que les diverses initiatives ont certes eu des impacts positifs sur l’amélioration de la coordination des efforts. Il y a eu notamment une amélioration des rapports entre les partenaires des différents secteurs, une réduction des tensions, un meilleur partage des responsabilités, la création de réseaux formels et informels d’échange et une meilleure compréhension de la complexité des enjeux.

Cela dit, tout n’est pas réglé. Par exemple, des problèmes de cohabitation réliés à des actes et des marques d’incivilité sont toujours présents et dénoncés. Les diverses organisations sont elles-mêmes aux prises avec les limites propres à leurs interventions. Des lacunes existent quant à la continuité des services des différents secteurs d’intervention. Enfin, des tensions persistent entre certains partenaires, notamment en ce qui concerne la judiciarisation des populations itinérantes. Du travail demeure donc à faire.

Il est à noter que les interventions auprès des personnes vivant en situation d’itinérance s’inscrivent dans un système social où il revient aux individus de consentir à toute aide, y inclut des traitements, en dehors de situations d’urgence. Ainsi, une personne itinérante vivant dans une situation d’extrême pauvreté et pouvant être atteinte d’un problème de santé mentale, de toxicomanie ou de toute autre chose peut refuser un traitement ou tout soutien qu’on tente de lui offrir si elle ne représente pas un danger imminent pour elle-même ou pour autrui, même si ses problèmes peuvent affecter ses capacités de réinsertion.

Les enjeux de l’intervention policière

Les services policiers font face à plusieurs obstacles à l’égard des interventions auprès des personnes vivant en situation d’itinérance. En effet, malgré l’évolution importante des pratiques policières, l’augmentation du nombre de collaborations et le rapprochement avec des partenaires de différents secteurs d’intervention au cours des dernières années, les solutions appliquées sont encore aujourd’hui plutôt ponctuelles et à répéter constamment.

À l’égard des personnes vivant en situation d’itinérance, dans plusieurs circonstances, les patrouilleurs devraient pouvoir référer des cas à des intervenants qui pourront porter un diagnostic, choisir les stratégies et moyens adaptés, créer les partenariats requis, etc. Mais pour se faire, la continuité et le meilleur arrimage des actions des différents secteurs doivent être assurés. En effet, des interfaces entre les services policiers et les autres services doivent être créées, sinon renforcées, afin d’aider à la réinsertion des personnes vivant en situation d’itinérance, sinon pour éviter que ces personnes ne se retrouvent dans une situation d’itinérance.

À la lumière de ces différents constats, et compte tenu de la souvent très grande vulnérabilité des personnes vivant en situation d’itinérance, des enjeux relatifs à l’occupation de l’espace urbain, des divers acteurs impliqués, les réflexions demeurent à poursuivre afin de permettre aux interventions policières d’avoir les effets escomptés (ex. : arrêter un comportement dérangeant, faire respecter la réglementation, mettre fin à la commission d’un délit) tout en étant adaptées aux personnes vivant en situation d’itinérance.

Les derniers développements en matière d’intervention en itinérance au Québec

En décembre 2009, le lancement officiel du Plan d’action interministériel en itinérance 2010-2013 a eu lieu. Ce plan se veut un moyen pour mieux coordonner et harmoniser les actions des services qui relèvent de huit ministères touchés par le phénomène : Santé et Services sociaux; Justice; Affaires municipales, Régions et Occupation du Territoire; Sécurité publique; Emploi et Solidarité sociale; Éducation; Loisir et Sport; Immigration et Communautés culturelles; Conseil exécutif (Secrétariat aux affaires autochtones et Secrétariat à la jeunesse).

Cinq priorités y sont établies. Ces priorités touchent les diverses sphères d’actions reconnues pour favoriser la réinsertion des personnes vivant en situation d’itinérance, sinon pour éviter que des personnes ne viennent à vivre une situation d’itinérance. Plus spécifiquement, les priorités touchent la prévention, la stabilité résidentielle, l’intervention, la cohabitation et la recherche31. À celles-ci, se rattachent 12 objectifs et 70 actions.

31 Direction des communications du ministère de la Santé et des Services sociaux du Québec (2009), Plan d’action interministériel en itinérance, 2010-2013. Gouvernement du Québec : Québec.

En ce qui a trait aux diverses actions proposées qui concernent les services policiers de près ou de loin, toutes peuvent avoir un impact positif sur les pratiques et ultimement sur le phénomène de l’itinérance. Néanmoins, dans les audiences et les rapports qui ont inspiré ce plan d’action, lorsqu’il était question des services policiers, c’est principalement du point de vue de leur contribution à la problématique.

Le plan d’action interministériel est malheureusement teinté par cette conception du travail policier. En effet, il apparaît que les nombreuses raisons pour lesquelles les patrouilleurs sont sollicités plusieurs fois par jour pour intervenir sont méconnues, tout comme la diversité des réponses que les patrouilleurs adoptent déjà pour intervenir. Sans une meilleure prise en considération de l’ensemble des réalités policières à l’égard du phénomène de l’itinérance, les initiatives visant de meilleures collaborations entre les divers secteurs d’intervention risquent de ne pas atteindre les objectifs escomptés. Pour une plus grande coordination des actions, les enjeux auxquels les patrouilleurs sont confrontés à l’égard de l’itinérance doivent être pris en considération. Dans cette perspective, il est essentiel de mieux sensibiliser les partenaires aux réalités des interventions policières auprès des personnes vivant en situation d’itinérance.

Enfin, soulignons que pour arriver à des solutions concertées, divers défis sont à relever. En effet, collaborer, c’est également faire face à une diversité de structures organisationnelles qui se confrontent; à des logiques et des mandats qui sont divergents; à des flous quant à l’imputabilité des actions impliquant divers partenaires; à un manque de marge de manœuvre budgétaire pour des projets en commun; à des contraintes de partage de l’information; etc. Une mise en commun des efforts pour relever ces défis doit donc être assurée.

On ne peux pas changer le monde, mais on peut se changer soi-même.
Izie, itinérante

Artère principale

Cette rubrique s’intitule « artère principale » parce qu’elle présente des projets qui visent à mettre en pratique les principes directeurs de la police communautaire.

Qu'est-ce que le Prix d'Excellence Intersection?

L’un des moyens de promouvoir l’approche de police communautaire est de souligner l’excellence des initiatives, projets ou programmes mis de l’avant par les services policiers. Depuis 1996, le Réseau Intersection remet des prix annuels. En 2009, un comité a été formé afin de réaliser la refonte du Prix.

Objet

Ce prix récompense l’excellence en matière de police communautaire pour un projet qui vise à mettre en pratique les principes directeurs de la police communautaire.

Le projet proposé doit toucher à l’une des composantes de la police communautaire, telles qu’elles avaient été énoncées à l’intérieur de la politique ministérielle intitulée Vers une police plus communautaire. Ainsi, il est possible de déposer une candidature pour :

  • un projet de rapprochement avec les citoyens;
  • un projet de partenariat;
  • un projet de résolution de problèmes;
  • un projet de prévention.

Admissibilité

La candidature doit être déposée au nom d’un service de police et doit recevoir l’appui de sa direction.

Modèle de présentation

De façon à normaliser la présentation des candidatures pour le Prix d’Excellence Intersection, un modèle a été élaboré pour chacun des quatre types de projets soumis. Sommairement, ces modèles comportent les éléments suivants :

Projet de rapprochement avec les citoyens :

  • Identification de la préoccupation visée par le projet de rapprochement avec les citoyens et les citoyennes
  • Planification du projet de rapprochement
  • Mise en œuvre
  • Contrôle et évaluation du projet de rapprochement
  • Originalité du projet de rapprochement
  • Mise en valeur des autres composantes de l’approche de police communautaire

Projet de partenariat :

  • Historique du projet de partenariat
  • Planification du projet de partenariat
  • Mise en œuvre
  • Évaluation du projet de partenariat
  • Impacts de l’initiative de partenariat sur votre organisation policière
  • Mise en valeur des autres composantes de l’approche de police communautaire

Projet de résolution de problèmes :

  • Présentation de la situation
  • Analyse du problème
  • Réponse adoptée
  • Évaluation du projet de résolution de problèmes
  • Mise en valeur des autres composantes de l’approche de police communautaire

Projet de prévention :

  • Identification de la préoccupation visée et conception du projet
  • Planification du projet
  • Mise en œuvre du projet
  • Contrôle et évaluation du projet
  • Originalité du projet
  • Mise en valeur des autres composantes de l’approche de police communautaire

Récipiendaire 2010

Le Prix d’Excellence Intersection 2010 a été remis, au projet, UNITÉ sans violence, exprimez-vous! du Service de police de la Ville de Montréal.

Montréal Programme « UNITÉ sans violence, Exprimez-vous! »

Manon Vouligny, Agente de concertation communautaire, Service de police de la Ville de Montréal

Identification de la préoccupation visée et conception du projet

Nous savons que la violence à l’école est un phénomène courant. Nous parlons ici de toutes les formes de violence : psychologique, verbale et physique. Nous nous préoccupons de tous les petits gestes au quotidien. Ils sont souvent banalisés bien qu’ils soient précurseurs de gestes violents plus alarmants. La violence à l’école a plusieurs conséquences tant pour les victimes, les témoins que pour l’agresseur. Elle affecte également le personnel de l’école qui doit y investir beaucoup d’énergie au dépend de leurs tâches premières. L’école est un micro système dans lequel les élèves doivent se sentir bien afin de s’y épanouir et de se développer. La violence et la peur sont incompatibles avec la mission de l’école et favorisent le regroupement des jeunes ainsi que les affrontements dans un but de protection.

Mes collègues et moi-même avions constaté qu’il nous fallait agir pour prévenir la violence et le phénomène des groupes de jeunes délinquants dès le 2e cycle du primaire. Il apparaissait également souhaitable de changer notre façon d’intervenir dans les écoles, d’impliquer les élèves dans la solution et leur redonner du pouvoir face à la violence.

À la même période, un professeur au département des Techniques policières du Collège de Sherbrooke, Madame Picard et deux de ses élèves sont venus nous rencontrer désirant travailler de concert avec un service de police pour développer un programme de prévention de la violence. Nous leur avons fait part de notre réflexion et nous leur avons donné comme défi de trouver un concept qui répond à nos besoins. Ils nous ont soumis quelques idées et nous en avons retenu une qui nous apparaissait prometteuse : le concept de l’UNITÉ sans violence et son visuel basé sur l’idée de faire signer un contrat d’engagement à ne pas accepter la violence et à s’exprimer. Ce contrat serait imprimé au dos d’un chandail. Chaque élève d’une classe reçoit son chandail et signe son engagement afin de former une UNITÉ sans violence. Nous avons poursuivi notre travail de partenariat afin de développer des ateliers et des outils pour permettre aux élèves de faire face à la violence.

Planification

L’objectif général du programme est de favoriser chez les élèves de 4e, 5e et 6e année du primaire, un engagement à ne pas accepter la violence et à s’exprimer adéquatement car s’exprimer, c’est s’affirmer!

Objectifs spécifiques du programme

  • Informer et sensibiliser les élèves aux différentes formes de violence.
  • Sensibiliser les élèves aux impacts de la victimisation et aux principes de l’escalade de la violence.
  • Inciter les élèves à s’exprimer et à s’affirmer lorsqu’ils sont confrontés à la violence.
  • Outiller les élèves afin de les habiliter à réagir adéquatement face à la violence.
  • Par la création d’une « UNITÉ sans violence », leur donner le pouvoir d’agir et favoriser le développement du sentiment d’appartenance à leur milieu.
  • Par la signature d’un contrat, engager leurs responsabilités dans une action afin de favoriser un environnement non violent à l’école.
  • Par la création d’une « UNITÉ sans violence », soutenir les élèves de 3e cycle dans un rôle de médiation auprès de leurs pairs.
  • Par le billet-récompense, inciter les élèves à encourager les comportements positifs et offrir des modèles positifs.

Le programme s’appuie sur le concept de « l’UNITÉ » afin d’unir les élèves d’une classe dans une démarche commune de non-violence. Il permet de mettre à profit la force du nombre et favorise le sentiment d’appartenance au groupe et l’attachement à son milieu. Ce concept est soutenu par les outils du programme soit : la signature du contrat d’engagement par les élèves et le port du chandail au dos duquel le contrat est imprimé. Ces éléments viennent confirmer leur statut de membres de « L’UNITÉ sans violence ». À cela s’ajoute le tapis de souris qui est remis aux élèves afin qu’ils le ramènent à la maison. Cela permet, dans un premier temps, de susciter la discussion avec les parents et la fratrie sur cette problématique.

Nous recherchons la prolongation du travail fait à l’école dans le milieu familial. Dans un deuxième temps, le tapis est un outil visant à prévenir la violence par les différents médiums d’échange informatique. Il vient rappeler à l’élève que même à partir de son clavier, il doit éviter tout propos violent, menaçant ou dégradant. Finalement, le billet-récompense permet aux élèves membres de « L’UNITÉ sans violence » de souligner les comportements positifs de tous les élèves de l’école. Cette démarche de renforcement positif permet de valoriser les bons comportements et de donner un rôle de leader positif aux membres. De plus, en consignant ces bons comportements et en les affichant, nous offrons une banque de modèles positifs aux élèves qui en ont peu. Finalement, le billet-récompense devient un coupon de participation à un tirage mensuel afin d’encourager les membres à participer à cette démarche de renforcement positif.

De gauche à droite : Mme Manon Bourbeau, directrice générale du Réseau Intersection, M. André Drolet, président d’Info-Crime Montréal, M. Régis Falardeau, président du Réseau et DGA à la SQ, Mme Liette Picard, enseignante au département des Techniques policières du Collège de Sherbrooke, M. Jean-François Bolduc, ancien étudiant en Techniques policières et instigateur du programme ainsi que Mme Manon Vouligny, agente de concertation à la Section des Enquêtes Multidisciplinaires et Coordination Jeunesse Sud du SPVM et coordonnatrice du projet, Unité sans violence, exprimez-vous!, lauréat 2010.

Déroulement du programme

Le programme comporte deux volets. Le premier volet a trait à la diffusion et à l’intégration du programme. Il se divise en cinq ateliers dont quatre sont animés par un policier. Le premier atelier permet une compréhension commune des différentes formes de violence et des conséquences qui y sont associées de même que l’importance de s’exprimer et d’agir pour la faire diminuer. Il permet également au policier d’expliquer en quoi consiste le programme. Le deuxième atelier débute par la remise des chandails et la signature du contrat par les élèves. Ensuite, chaque élève vient à l’avant présenter son contrat aux autres élèves ce qui permet au policier d’échanger avec eux sur les différentes formes de violences vécues par les élèves et de les conseiller sur la façon d’y faire face. Le troisième atelier traite de la responsabilité des élèves et de leur enseignant( e). Ils doivent, en équipe, faire une courte présentation aux autres élèves de leur école afin de se présenter et d’expliquer leur rôle en tant que membres de l’UNITÉ sans violence. Le quatrième atelier se fait à partir du DVD la « Force de s’exprimer ». Il s’agit d’un jeu interactif qui met en scène des élèves membres de l’UNITÉ sans violence faisant face à des situations impliquant de la violence.

Cela permet d’outiller les élèves afin de les aider à bien réagir. Le dernier atelier traite de l’influence de nos pairs et de nos modèles. Finalement, un grand événement, la « Journée UNITÉ sans violence » invite tous les élèves membres de l’UNITÉ sans violence de nos écoles, à un grand rassemblement afin de leur démontrer qu’ils ne sont pas seuls à agir pour faire diminuer la violence.

Le deuxième volet se compose des actions au quotidien qui se déroulent tout au long de l’année scolaire dans les écoles soit : le port du chandail, les gestes posés par les élèves de même que l’émission et l’affichage des billets-récompense.

Nous favorisons l’implantation du programme chez les élèves de 6e année du primaire dans un premier temps et l’intégration au programme des élèves de 5e année si les ressources le permettent. Le partenariat avec les écoles est essentiel au bon fonctionnement du programme. L’implication des enseignants, du personnel de support et de la direction est un facteur essentiel à l’atteinte des objectifs. Nous en faisons une condition préalable à l’implantation du programme dans un milieu. Nous entretenons également un partenariat avec Info-Crime Montréal qui nous soutient financièrement depuis le tout début. De plus, nous continuons notre collaboration avec Mme Picard du Cégep de Sherbrooke avec qui nous poursuivons le développement du programme.

Mise en œuvre

L’implantation du programme sur le territoire du SPVM a été faite progressivement. Une première expérimentation du programme, en 2007-2008, a été faite dans une école (2 classes de 6e année) en projet pilote. L’appréciation générale du programme de même que la diminution de la violence constatée par le personnel de l’école nous ont encouragé à étendre le programme à 27 écoles (72 classes) en 2008-2009. En 2009-2010, le programme fut offert à tous nos postes de quartier. Dix sept (17) postes de quartier ont choisi d’implanter le programme dans 50 écoles de notre territoire (120 classes et près de 3000 élèves). De plus, il fut diffusé pour une première fois en anglais. Nous sommes maintenant implantés dans les cinq commissions scolaires de l’île de Montréal. Le programme est également appliqué dans une vingtaine de classes réparties à travers les villes de Sherbrooke, Québec, Laval, Granby, Roxton Pond, Asbestos, St-Alphonse-Rodriguez, et ce, sous la responsabilité de Mme Picard. Finalement, Mme Picard et quatre de ses étudiants se sont rendus en Belgique en septembre 2009 afin d’y implanter le programme dans une école primaire. Il est prévu que le programme soit également présenté à Paris.

Contrôle et évaluation

Suite à l’expérience positive du projet pilote, nous avons entrepris une démarche d’évaluation du programme en collaboration avec M. Étienne Blais, PhD. professeur adjoint du département de criminologie de l’Université de Montréal. Nous avons administré deux questionnaires à un échantillon d’environ 1000 élèves en octobre 2008. Il fut démontré que l’application du programme a amené une diminution de la violence physique et une baisse de la victimisation. Il a également influencé positivement la perception de la police. Il n’a cependant pas eu d’effet sur le nombre d’agresseurs. De plus, il y a eu une augmentation de la violence verbale. Cela s’explique par le fait que les élèves sont plus sensibles à cette forme de violence qui était fortement banalisée auparavant. En somme, M. Étienne Blais en arrive à la conclusion que le programme « UNITÉ sans violence, Exprimez-vous! » est le premier programme policier de prévention en milieu scolaire qui a démontré une efficacité significative dans l’atteinte des objectifs visés. En septembre 2009, nous avons entrepris une 2e phase d’évaluation toujours en collaboration avec M. Blais. Cette fois-ci, des policiers et du personnel scolaire impliqués dans l’application du programme ont été rencontrés dans le cadre de la démarche d’évaluation. Cette démarche visait à mesurer leur niveau de satisfaction face au programme et à faire ressortir les éléments d’implantation qui favorisent l’atteinte de nos objectifs. Une 3e phase d’évaluation est prévue.

Originalité

Le programme « UNITÉ sans violence, Exprimez-vous! » est novateur dans son approche et ses concepts. Il amène les policiers à mettre l’élève au centre de son intervention et à lui redonner le pouvoir d’agir afin d’influencer positivement son environnement. Ce programme utilise la force du nombre en unifiant les élèves dans un but commun de non violence et leur donne une identité de groupe. Il attribue un rôle de leader positif aux élèves les plus vieux de l’école et les encourage à s’exprimer afin de se faire respecter. De plus, il ne se limite pas à leur dire ce qu’ils devraient faire mais les amène à passer à l’action et à intégrer de bonnes stratégies d’intervention. En somme, ce programme travaille la problématique de la violence de façon globale. Il agit sur le présent et outille les élèves pour le futur de façon à agir sur le problème à long terme. Le programme « UNITÉ sans violence, Exprimez-vous! » favorise également le rapprochement entre les élèves et les policiers.

Se faire confiance, c'est la clé du succès.
Steve, itinérant

L’équipe mobile de référence et d’intervention en itinérance du SPVM

Isabelle Billette, Conseillère, Section recherche et planification, Service de police de la Ville de Montréal
En collaboration avec :
Any Gravel, Agente sociocommunautaire et coordonnatrice de l’EMRII pour le SPVM, Poste de quartier 21, Service de police de la Ville de Montréal

Au printemps 2009, de nouvelles orientations en matière d’itinérance dans un contexte de gestion des espaces urbains ont été adoptées par le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM). Ces orientations se veulent un moyen de faire face au phénomène complexe et évolutif qu’est l’itinérance.

Elles visent l’amélioration du suivi et la cohérence des interventions en insistant sur l’importance de développer des alternatives adaptées aux réalités des patrouilleurs et en favorisant un meilleur arrimage des actions avec les partenaires des différents secteurs (ex. : santé, services sociaux, éducation, justice, habitation, etc.).

L’une des premières actions entreprises, à la suite de l’adoption de ces nouvelles orientations, a été la création de l’Équipe mobile de référence et d’intervention en itinérance (EMRII). Cette équipe est le fruit d’un réel partenariat entre le SPVM et le Centre de santé et de services sociaux Jeanne-Mance (CSSS Jeanne-Mance). En fonction depuis septembre 2009, elle a comme caractéristique principale d’être mixte. Elle est formée de policiers du SPVM et d’intervenants sociaux du CSSS Jeanne-Mance qui travaillent conjointement à remplir la mission suivante :

Mission

Réaliser du travail de proximité pour rejoindre des personnes itinérantes ou à risque de le devenir, qui sont régulièrement l’objet d’interventions policières, et voir à les référer à des services appropriés en fonction de leurs besoins afin d’améliorer leurs conditions de vie et de favoriser leur réinsertion.

En d’autres termes la mise en place de l’EMRII se veut un moyen de prévenir le phénomène des portes tournantes et de développer des interventions policières mieux adaptées aux besoins des personnes vivant en situation d’itinérance qui ont des contacts répétés avec le service de police. Pour se faire, elle réalise du travail de deuxième ligne et applique les principes de la résolution de problèmes.

Au quotidien, le travail réalisé par l’EMRII va de l’intervention directe auprès de personnes vivant en situation d’itinérance à la réalisation de nombreuses démarches auprès de divers partenaires pour trouver des solutions adaptées aux situations des personnes rencontrées. Dans le contexte de leurs interventions directes, les membres de l’équipe peuvent, par exemple, référer des personnes à des services de prises en charge, vérifier que leurs besoins immédiats soient répondus en fonction de leur situation personnelle, les sensibiliser aux situations problématiques auxquelles elles peuvent être confrontées ou simplement les informer des services disponibles. Chaque intervention est unique. La plus appropriée dans l’éventail des choix possibles est celle qui sera favorisée. Puisque le travail effectué est de deuxième ligne, l’hospitalisation d’urgence et la judiciarisation ne sont généralement pas requises.

Le travail d’EMRII permet non seulement de mieux connaître la réalité des personnes vivant en situation d’itinérance, leurs besoins, les possibilités et les limites des services offerts, mais surtout de favoriser l’accessibilité et la continuité des services entre les différents partenaires à l’occasion de solutions concertées. L’EMRII est venue combler un chaînon manquant des services en itinérance en favorisant une meilleure complémentarité des interventions du SPVM avec celles des autres secteurs qui interviennent auprès des personnes itinérantes ou à risque de le devenir. En plus d’aider l’amélioration des interventions et, de ce fait, à la qualité de vie des personnes vivant en situation d’itinérance, elle contribue également à la qualité de vie des résidents des quartiers, en favorisant une meilleure cohabitation.

Pour le moment, l’équipe travaille principalement dans le centre-ville de Montréal et dans le métro, étant donné la prédominance de la problématique à ces endroits. La création de l’EMRII étant encore récente, on peut s’attendre néanmoins qu’elle continuera à s’ajuster aux situations et aux besoins. Par ailleurs, les expériences de telles équipes mixtes policiers-intervenants provenant d’autres villes nord-américaines depuis plus d’une décennie nous permettent de considérer cette façon de faire comme étant prometteuse.

Cela dit, par rapport à l’ampleur du phénomène de l’itinérance, sans la collaboration de tous les principaux acteurs travaillant en itinérance, la portée des actions de l’EMRII restera limitée. Cela représente un virage essentiel. L’itinérance est un phénomène dynamique lié davantage à un processus qui peut autant mener à la rue qu’à un statut catégorisant une personne. Il est donc nécessaire et urgent d’intervenir sur les facteurs de risque qui engendrent ce processus. Tous les milieux concernés par le phénomène doivent s’y engager.

La rupture sociale… puis, une ouverture vers le changement.
Jo-Ann, itinérante

Les membres de l’EMRII. De gauche à droite : Frédéric Maari, Sophie Bellemare, Nicolas Rioux et Laurent Dyke du SPVM.

Le Centre québécois de lutte aux dépendances et La Maison Jean Lapointe font de la prévention à l’alcool et aux autres drogues chez les jeunes une priorité !

Dans le contexte du Fonds des initiatives communautaires de la Stratégie antidrogue, Santé Canada a subventionné le Centre québécois de lutte aux dépendances (CQLD) de 2005 à 2008 pour la conception d’un programme (APTE) d’activités de prévention des toxicomanies auprès des jeunes de 12 à 18 ans.

Parallèlement depuis 2004, le Programme de sensibilisation au jeu problématique diffusé par La Maison Jean Lapointe a permis de joindre plus de 30 000 jeunes à Montréal et de leur transmettre les connaissances qui rendent possible une prise de décision éclairée par rapport aux jeux de hasard et d’argent. Inspirée par le franc succès de son Programme de sensibilisation au jeu problématique ainsi que par les commentaires positifs du milieu scolaire et les multiples demandes des jeunes, La Maison Jean Lapointe a décidé de poursuivre son travail de prévention et de développer, en collaboration avec le CQLD, un Programme de sensibilisation lié à la consommation d’alcool et de drogues chez les jeunes. Ce dernier s’insère dans la stratégie APTE.

Il faut agir tôt, dès le début du secondaire!

Les jeunes s’initient de plus en plus tôt à l’alcool et aux drogues et banalisent la consommation. De plus, ils reçoivent des messages contradictoires à propos de l’alcool et des drogues. Le programme, en agissant sur leurs croyances, a comme but ultime de cibler leurs comportements vis-à-vis des substances psychoactives, soit en renforçant les croyances protectrices liées à la non-consommation, à une consommation éclairée et responsable, ou en corrigeant les croyances erronées ou à risque (pour réduire la prévalence de consommation et les méfaits qui y sont associés).

La prévention en toxicomanie a pour but d’empêcher l’apparition de problèmes de consommation de psychotropes (prévention primaire) ou d’en assurer le dépistage et le traitement précoce (prévention secondaire). Le rôle de la promotion de la santé, dont la prévention fait partie, consiste à renforcer les ressources favorisant le bien-être physique, psychique et social des groupes et des individus.

Selon la situation, la promotion de la santé et la prévention visent les comportements individuels ou les contextes dans lesquels ils se manifestent. Les groupes cibles sont, par exemple, les jeunes en général, les parents, les enseignants et, notamment, leurs milieux de vie.

Or, pour être efficace, la prévention doit s’opérer à partir de programmes fondés sur des évidences scientifiques, basées sur des théories psychosociales et, par surcroît, évaluées.

La stratégie de prévention des toxicomanies, chez les élèves du secondaire, répond à ces caractéristiques essentielles et constitue une initiative scientifique d’avant-garde au niveau international. Par ailleurs, cette stratégie s’inscrit en cohérence avec les orientations gouvernementales québécoises, soit le Plan d’action interministériel en toxicomanie 2006-2011 et le Régime pédagogique du ministère de l’Éducation, du Loisir et du Sport.

Le programme APTE constitue la réponse opérationnelle à la stratégie de prévention. Il s’agit d’un programme de prévention intégré permettant des réponses adaptées aux besoins variés des jeunes en matière de consommation de psychotropes.

Le programme APTE a pour but de persuader les jeunes soit de ne pas commencer à consommer de psychotropes, pour les non-consommateurs, soit d’arrêter ou de diminuer d’en consommer pour les consommateurs.

Le programme APTE se compose de cinq modules distincts répondant aux nombreux besoins des jeunes, articulés autour d’un cadre conceptuel commun, cohérent et pertinent. Ces modules basés sur la recherche et évalués sont :

  • Module de sensibilisation (auprès des jeunes de sec. 1)
  • Module de groupe (profil A : sec. 2 et 3; profil B : sec. 3 et 4)
  • Module d’intervention individuelle (sec. 1 à 5)
  • Module de sensibilisation auprès des parents
  • Module de sensibilisation auprès des enseignants

Ces différents modules, basés sur la modification ou le renforcement de certaines croyances des jeunes (facteurs de risque et de protection) favorisent la diffusion de messages harmonisés tant par les intervenants, les enseignants que par les parents. Ainsi, la synergie de ces interventions auprès d’une masse importante d’individus favorise des effets significatifs qui, à terme, diminueront l’incidence de la toxicomanie.

Module de sensibilisation (auprès des jeunes de sec. 1)

Activité

Il s’agit d’un exposé de 60 à 75 minutes, destiné aux jeunes de 12 à 14 ans, de niveau secondaire 1. Cet exposé, animé par un intervenant en prévention des toxicomanies, est soutenu par une présentation PowerPoint. Durant l’activité intitulée « Mon indépendance, j’y tiens! », les jeunes sont invités à interagir avec l’intervenant sur les contenus présentés.

Objectifs
  • Sensibiliser les jeunes aux différents types de consommation et à leurs effets sur différentes sphères de leur vie, à court comme et à long terme
  • Sensibiliser les jeunes à leurs propres croyances face aux psychotropes, parfois protectrices, parfois risquées
  • Sensibiliser les jeunes à l’importance de prendre des décisions en liens avec la consommation et aux stratégies d’évitement et de diminution des risques
  • Sensibiliser les jeunes sur les ressources d’aide disponibles
Disponibillité

Des ateliers de 60 minutes sont disponibles gratuitement dès maintenant, grâce au soutien financier de la Fondation Jean Lapointe et de plusieurs partenaires désireux de soutenir notre jeunesse. Le lancement officiel de cet ambitieux projet a eu lieu en novembre 2009.

Où, quand, comment ?

Pour planifier une rencontre, communiquez avec l’équipe de sensibilisation de La Maison Jean Lapointe, au 514 288.2611.

Pour en savoir plus sur le programme APTE et les autres modules
Site Internet

La Maison Jean Lapointe

La Maison Jean Lapointe est un organisme à but non lucratif qui a pour mission principale la réadaptation des personnes alcooliques, toxicomanes ou des joueurs problématiques. Cette spécialisation n’exclut pas son intérêt pour les autres domaines, auxquels elle contribue dans la mesure de ses moyens, mais le traitement de la toxicomanie demeure au centre de ses préoccupations.

En 2001, un programme de traitement du jeu fut mis sur pied. La Maison Jean Lapointe fait partie du réseau provincial de centres qui, avec le support financier du ministère de la Santé et des Services sociaux, dispensent des services de traitement aux joueurs pathologiques. Depuis 2004, La Maison Jean Lapointe offre également des activités de prévention et de sensibilisation à l’alcool, aux autres drogues et au jeu problématique.

Coordonnées

Région de Montréal
Téléphone : 514 288-2611
Autres régions du Québec
Téléphone : 1 800 567-9543
Télécopieur : 514 288-2919
Courriel

Maison Jean Lapointe et le Centre québécois de lutte aux dépendances.

Centre québécois de lutte aux dépendances (CQLD)

Le CQLD est un organisme indépendant et sans but lucratif. Son champ d’action couvre l’ensemble des dépendances qui affectent le bien-être de la population : alcool, drogue illicite, médicament, tabac, jeu problématique, cyberdépendance, etc.

Le CQLD a pour mission de soutenir la lutte aux dépendances au Québec et au Canada en participant à l’avancement et au transfert des connaissances dans ce domaine. Pour réaliser sa mission, il valorise le partage d’expertises, la concertation entre tous les acteurs concernés ainsi que la sensibilisation des organisations et de la population face aux enjeux soulevés par les dépendances.

Coordonnées

Région de Montréal
Téléphone : 514 389-6336
Télécopieur : 514 389-1830
Courriel

Engagement interministériel pour prévenir et contrer l’itinérance au Québec

L’itinérance est un phénomène en croissance qui interpelle plusieurs acteurs gouvernementaux, municipaux et sociocommunautaires. On l’observe dans les milieux urbains, mais également dans les petites municipalités, et elle touche les personnes indépendamment de leur âge, leur sexe ou leur statut.

D’importants coûts humains, sociaux et économiques y sont liés, mais peu d’études permettent d’évaluer clairement la situation au Québec.

Le 29 avril 2008, les membres de la Commission de la santé et des services sociaux (CSSS) ont décidé d’étudier les différentes facettes de l’itinérance au Québec en raison des multiples impacts et de l’ampleur de ce phénomène. À la demande de la CSSS, la Commission de l’Assemblée nationale du Québec lui a permis de tenir des auditions publiques dans plusieurs villes du Québec d’avril 2008 à octobre 2009. L’exercice avait pour but de dresser le portrait actuel de l’itinérance, de faire le point sur les tendances observées dans les milieux d’intervention et d’identifier les besoins prioritaires d’action. 

Lors des audiences publiques, la CSSS a entendu 104 personnes et organismes et a reçu 145 mémoires. Interpellés par le phénomène de l’itinérance, le ministère de la Sécurité publique (MSP) ainsi que ses partenaires policiers ont participé à l’exercice. Le MSP, dans un mémoire déposé le 4 novembre 2008, mentionne que le défi pour les organisations policières est de « concilier les besoins des personnes itinérantes et des autres citoyens ainsi que d’assurer une cohabitation harmonieuse de tous dans l’espace public, car leur mission est de maintenir la paix, l’ordre et la sécurité publique en assurant la sécurité des personnes et des biens ». Le mémoire souligne également les initiatives entreprises par certains corps policiers afin de contrer ou de prévenir l’itinérance, souvent réalisées en partenariat avec des organismes locaux. On y indique que le MSP est prêt à participer à l’élaboration d’un plan d’action afin de trouver des réponses adaptées aux besoins des personnes en situation d’itinérance tout en assurant la sécurité publique.

Le Plan d’action interministériel en itinérance 2010-2013

À la suite des auditions de la CSSS et de la publication du Cadre de référence en itinérance par le ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS), l’élaboration d’un plan d’action sur l’itinérance au Québec a été recommandé. En réponse à ces travaux, le 14 décembre 2009, le Plan d’action interministériel en itinérance 2010-2013 a été lancé par la ministre déléguée aux Services sociaux et la ministre de la Justice du Québec de l’époque, soit Mme Lise Thériault et Mme Kathleen Weil.

Le MSP est un des acteurs impliqués dans ce plan d’action qui vise à apporter des solutions durables pour améliorer les conditions de vie des personnes itinérantes ou à risque de le devenir. Le plan poursuit un objectif d’inclusion sociale et ses actions sont guidées par cinq grandes priorités, soit renforcer la prévention, favoriser la stabilité résidentielle, améliorer l’intervention, favoriser la cohabitation tolérante et sécuritaire ainsi qu’accroître la recherche.

Le MSP est concerné par 18 des 70 actions du plan, dont neuf pour lesquelles il est responsable. Certaines de ces actions affectent particulièrement les corps policiers et sont liées à quatre des cinq grandes priorités du plan.

Afin de renforcer la prévention de l’itinérance, le MSP s’engage dans le plan d’action à informer et à sensibiliser les différents corps policiers sur le sujet. Pour favoriser l’intégration sociale des personnes à risque ou en situation d’itinérance, il importe que les policiers soient informés sur le phénomène de l’itinérance, ce qui permet d’éviter la propagation de certaines idées préconçues. Par ailleurs, le type d’intervention policière peut être déterminant sur la condition de vie de ces personnes et pourrait prévenir une aggravation de leur situation.

Dans le but d’améliorer, d’adapter et de coordonner l’intervention auprès des personnes itinérantes, le MSP entend également renforcer, en collaboration avec d’autres intervenants impliqués dans le plan d’action, les partenariats entre les acteurs des réseaux publics et communautaires. La coordination des actions menées par les différents acteurs est essentielle pour arriver à intervenir de manière intégrée ainsi qu’à maximiser la continuité et la complémentarité des services.

Pour favoriser une cohabitation tolérante et sécuritaire entre les différents groupes de citoyens, le MSP s’engage aussi à :

  • améliorer les compétences des policiers, par de biais de la formation, pour intervenir auprès des personnes en situation d’itinérance;
  • encourager les organisations policières à utiliser l’approche de la police communautaire dans l’intervention auprès des personnes en situation d’itinérance ou à risque de s’y trouver;
  • encourager la mise en place des protocoles d’entente entre les corps policiers et les organismes du milieu pour favoriser l’accès et la continuité des services offerts aux personnes itinérantes.

Lorsqu’il est question du partage de l’espace public, des tensions peuvent surgir entre les acteurs sociaux, ce qui engendre habituellement l’intervention des policiers. L’intervention policière est importante lorsqu’il est question de favoriser le sentiment de sécurité des citoyens dans leur milieu de vie. Les policiers sont en position favorable pour mettre en place des interventions visant la résolution de problèmes. À cet effet, le plan d’action encourage le dialogue entre les autorités municipales, les policiers, les personnes en situation d’itinérance, les organismes communautaires, les gens d’affaires et les résidents. Le plan vise aussi les mesures alternatives à la judiciarisation.

Enfin, le MSP contribuera à accroître la recherche en réalisant un inventaire des meilleures pratiques des corps policiers en lien avec l’itinérance ainsi qu’en diffusant de l’information pour soutenir les policiers dans leur travail et assurer le transfert des savoirs. Il est essentiel de mettre à profit les connaissances et les expertises acquises par les acteurs qui interviennent dans le domaine de l’itinérance.

Comme il a été mentionné précédemment, les organisations policières ont déjà démontré leur volonté de réduire, de près ou de loin, le phénomène de l’itinérance par la réalisation de différents projets. On remarque aussi une réduction du nombre de constats d’infraction remis aux personnes en situation d’itinérance, atténuant du coup l’image négative qui est parfois attribuée aux policiers quant à leurs méthodes d’intervention.

Le MSP s’engage, dans le plan d’action, à encourager les organisations à poursuivre ou à amorcer des démarches d’intervention et de prévention de l’itinérance. Pour en connaître davantage sur le contexte qui a mené à l’élaboration du plan et sur les autres actions qui y figurent, le document, dans sa version intégrale, est présenté sur le site Internet du MSSS.

Catherine Rochefort-Maranda, Conseillère, ministère de la Sécurité publique

La confiance en soi est un outil indispensable pour un rétablissement, de Mélanie, itinérante

Édition 2010 du Prix de reconnaissance en police communautaire

Le 4 mai 2010, le Prix de reconnaissance en police communautaire du ministère de la Sécurité publique (MSP) a été remis au capitaine Michel Soutière, jeune retraité du Service de police de l’agglomération de Longueuil.

Ce prix récompense la contribution exceptionnelle au développement et à la promotion de l’approche de police communautaire au Québec ainsi que la qualité et le rayonnement des actions d’une personne. La candidature de M. Soutière a été retenue en raison d’une très bonne compréhension de l’approche de police communautaire et d’une application variée et innovatrice des quatre volets de cette approche.

M. Soutière a commencé sa carrière à Brossard où il a été nommé préventionniste en 1986. Immédiatement, il commence à développer plusieurs partenariats dont l’objectif était de favoriser le rapprochement du service de police avec les institutions locales, d’un côté, et avec la population, d’un autre côté.

Dans la recherche de solutions aux différents problèmes de criminalité, M. Soutière a fait preuve de beaucoup d’imagination. Il est parmi les premiers à s’être servi de l’approche théâtrale pour faire passer des messages de prévention et de sensibilisation concernant la sécurité des tout-petits et l’abus des aînés. C’est ainsi que le théâtre de marionnettes « Fred l’imprudent » (1991) et la pièce de théâtre « Réveille-toi Arthur » (1997) ont vu le jour. Depuis, plusieurs services de police et autres partenaires (Parents-Secours, commissions scolaires, troupe de théâtre Poivre et Sel) de la scène locale et même internationale ont repris ces concepts novateurs.

En 2002, lors de la création de l’agglomération de Longueuil, il se fait confier le mandat de réorganiser la police communautaire. Pour ce faire, il réorganise le territoire en îlots, il élabore des formations pour l’ensemble du personnel et encourage l’utilisation de la méthode de résolution de problèmes pour trouver des solutions définitives aux problèmes récurrents de criminalité. De plus, soucieux de la qualité des services offerts, il met de l’avant l’importance de connaître et de prendre en considération les besoins de la population et des partenaires de la police ainsi que d’évaluer les projets et partenariats mis en place afin de s’assurer qu’ils répondent aux besoins.

Plusieurs des projets mis en place par M. Soutière existent encore et résistent à l’épreuve du temps représentant une source d’inspiration pour plusieurs. Leurs retombées sociales sont inestimables autant pour les publics ciblés que pour l’organisation policière dans son ensemble. Et même si M. Soutière vient de prendre sa retraite, il consacre encore la plupart de son temps à l’approche de police communautaire en élaborant des formations pour les policiers préventionnistes du Québec.

Dana Cristina Cadeschi
Conseillère, ministère de la Sécurité publique

Mention de mérite 2010

Par ailleurs, il faut souligner qu’en 2010 une mention de mérite a exceptionnellement été remise au lieutenant Martin Légaré du Service de protection des citoyens de Laval afin de reconnaître la qualité de son implication dans l’application de l’approche de police communautaire et ainsi l’encourager à poursuivre ses démarches.

Nouvelle formation en police communautaire à l’École nationale de police du Québec

Prendre en charge un problème de sécurité dans le cadre d’une police contemporaine (SMARRE)

Préparée avec le soutien du milieu policier, cette formation vise à permettre à l’étudiant à assumer pleinement son rôle à l’égard de la prévention de la criminalité dans une perspective de développement social et à faire face aux défis que représente l’exercice de la pratique policière dans un contexte contemporain : prévenir la criminalité et la victimisation, voir à la sécurité collective et contribuer au développement durable de sa communauté. Elle s’adresse autant à des gestionnaires de 2e ou de 3e niveau qu’à des agents qui ont une fonction spécifique en lien avec les quatre composantes de l’approche de police communautaire.

Pour plus d'information :
M. Jean-Marie Richard
Téléphone : 819 293-8631, poste 6230
Courriel

Dernière mise à jour : 23 août 2011