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Ministère de la Sécurité publique

Profil de la clientèle des Services correctionnels

Les Services correctionnels ont publié le profil général de leur clientèle à trois reprises, soit en 1994, en 2002 et en 2011. La Direction de la recherche a publié une étude intitulée Profil correctionnel 2007-2008 : la population correctionnelle du Québec. Ce qui distingue les études de 1994 et 2002 de celle de 2011, ce sont les sources de données utilisées. Dans les deux premiers cas, les répondants étaient rencontrés individuellement lors d’entrevues dirigées pour remplir un questionnaire à choix multiples. Les deux études étaient complétées par des éléments liés à la carrière criminelle des délinquants qui provenaient, pour la plupart, du système de gestion informatisé DACOR des Services correctionnels (DACOR : Dossiers administratifs correctionnels). Cette démarche offrait plusieurs avantages, notamment celui concernant la nature et la diversité des thèmes abordés qui ne sont bien souvent accessibles que par des entretiens individuels. En revanche, elle comportait aussi certaines faiblesses, comme le recours presque exclusif à des données autodéclarées.

La dernière étude avait comme objectif de pallier certaines des difficultés éprouvées dans le passé, mais elle comporte aussi des limites. Ses principaux avantages concernent à la fois le fait qu’elle analyse la population totale plutôt qu’un échantillon ainsi que l’étendue des données judiciaires et correctionnelles officielles qui sont disponibles. Par ailleurs, elle constitue la première étape d’un processus continu qui devrait permettre une lecture longitudinale des personnes prises en charge par les Services correctionnels. L’étude de 2011 a permis de constater que DACOR est incomplet pour les données sociodémographiques et que le LS/CMI ne couvre qu’une partie de la clientèle.

Un exemple de difficulté a trait à la principale source de revenu, l’information étant manquante dans DACOR dans plus de 60 % des cas. Autre difficulté, les résultats nous disent que 82,1 % des personnes ont entrepris ou complété des études secondaires. Cela signifie que, par exemple, une personne ayant débuté sa première secondaire et l’ayant abandonné un mois plus tard fait partie de ce pourcentage de 82,1 %.

En raison de ce qui précède, si l’on veut mieux connaître les besoins de la clientèle, l’étude de 2002 demeure jusqu’ici la référence quant à l’aperçu général des problèmes associés à la délinquance des personnes confiées aux Services correctionnels, tant pour celles incarcérées que pour celles suivies dans la communauté. Ces problèmes ont trait notamment à la faible scolarisation et au décrochage scolaire, à l’emploi, à la situation financière, à la violence conjugale, au réseau social, à la santé mentale et au suicide, à la dépendance à l’alcool, à la drogue et aux jeux de hasard et, enfin, aux abus sexuels.

Scolarisation et décrochage scolaire

La presque totalité de la clientèle correctionnelle sait lire, écrire et compter. Une minorité seulement (23 %) a persévéré jusqu'à la fin du secondaire, tandis que 12,9 % des personnes contrevenantes ont poursuivi des études postsecondaires. Un pourcentage non négligeable (9,4 %) d'individus n'a fait que des études primaires. Près de 62 % des personnes contrevenantes rencontrées ont affirmé avoir abandonné leurs études avant l’obtention du diplôme d’études secondaires, généralement vers 15 et 16 ans. La plupart des personnes contrevenantes ont eu l'occasion de suivre des cours après cet épisode de décrochage.

Emploi

Si la majorité de la clientèle se considère apte au travail (81 %), moins de la moitié (46,2 %) occupait un emploi lors de sa prise en charge par les Services correctionnels. La plupart des personnes contrevenantes (61 %) mentionnent toutefois avoir travaillé de façon continuelle ou régulière depuis qu'elles sont sur le marché de l'emploi. La très grande majorité des employeurs auraient été, selon les personnes contrevenantes, soit très satisfaits (59,6 %) soit satisfaits (37,7 %) du rendement qu'elles fournissaient. Cela n'a tout de même pas empêché plusieurs de ces personnes contrevenantes (35,7 %) d'être congédiées à un moment ou à un autre de leur vie.

Situation financière

La principale source de revenus de la clientèle est le travail rémunéré (39 %), mais une importante proportion de la clientèle est prestataire de l'aide sociale (33 %). Près du tiers (28,7 %) des répondants ont déclaré obtenir des gains financiers de leurs activités criminelles, et la moitié d'entre eux ont déclaré des revenus illégaux supérieurs au salaire moyen canadien. Par contre, la très grande majorité (90 %) de la clientèle déclare des revenus légaux inférieurs au salaire canadien moyen. Ajoutons que les sujets en établissement de détention sont plus susceptibles que ceux de la communauté de déclarer des gains d'origine criminelle. Plus de la moitié des délinquants ont contracté des dettes, et cette proportion est beaucoup plus importante chez la clientèle dans la communauté que chez celle en milieu fermé.

Violence conjugale

L'étude démontre que la violence (verbale et physique) entre les conjoints est particulièrement fréquente chez la clientèle correctionnelle. Si près de la moitié (46 %) des délinquants affirment avoir déjà fait preuve de violence envers leur conjoint ou conjointe, plus de 50 % disent aussi en avoir été victimes.

Réseau social

L'observation du réseau social des sujets permet de confirmer qu'une proportion importante de délinquants a un membre de sa famille immédiate (39 %) ou un ami qui a connu des démêlés avec la justice (67 %). Plusieurs indiquent également que certains de leurs amis font partie d'un gang ou d'un réseau organisé de criminels (20 %). Ces particularités semblent davantage marquées chez les sujets en détention que chez ceux en milieu ouvert. Enfin, des personnes contrevenantes (46 %) estiment que certains de leurs amis exercent une influence négative sur elles, tandis qu'un peu plus de la moitié des sujets considèrent que changer d'amis les aiderait vraisemblablement au moment d'être pris en charge.

Santé mentale et suicide

Les problèmes d'ordre émotionnel ou psychologique sont par contre très présents au sein de la clientèle correctionnelle du Québec, alors qu'une personne contrevenante sur deux (51,5 %) a déjà consulté un professionnel pour un problème de cet ordre, une sur trois s'est vu prescrire des médicaments et une sur cinq a été hospitalisée. Enfin, des pensées suicidaires ont hanté pas moins d'une personne contrevenante sur deux (49,6 %), tandis que 34 % des participants ont posé un geste concret pour mettre fin à leurs jours au moins une fois (voir l’étude sur le suicide en milieu carcéral).

Alcool, drogue et jeux de hasard

L'étude permet de constater que les sujets de l'échantillon sont nombreux à présenter un problème de consommation fréquente d'alcool et de drogue. Au cours de l'année précédant la prise en charge, plus du tiers (35 %) de la clientèle correctionnelle consommait 25 verres et plus d'alcool par semaine tandis qu'au moins la moitié (54 %) recourait à une drogue et près du quart en prenait tous les jours.

Les drogues le plus souvent consommées sont le cannabis et la cocaïne. La moitié des sujets (47 %) ont déjà entrepris un traitement au cours de leur vie. Dans l'ensemble, le profil de consommation d'alcool et de drogue est très similaire entre les individus soumis aux diverses mesures correctionnelles. En ce qui a trait aux jeux de hasard, 9 % des personnes contrevenantes se considèrent comme des joueurs compulsifs.

Abus sexuels

En ce qui concerne l’abus sexuel, 25 % des hommes et 50 % des femmes disent en avoir déjà été victimes. Par ailleurs, les délits sexuels représentent 8 % du total des délits criminels pour lesquels les personnes contrevenantes étaient confiées aux Services correctionnels.