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Bandeau d'identification visuelle du Ministère de la sécurité publique

Gangs de rue

Définition du phénomène

L'expression « gangs de rue » fait référence à des groupes d'adolescents et de jeunes adultes qui partagent une identité commune et affichent des comportements antisociaux ou criminels. Les différents groupes peuvent se distinguer par leur niveau d'organisation et d’implication dans des activités criminelles violentes.

Au Québec, les gangs de rue sont nés à Montréal à la fin des années 1980. Ce phénomène est complexe, multidimensionnel et évolutif. Par conséquent, il est souvent défini différemment selon le milieu d'intervention des experts. Ainsi, les différents organismes et institutions impliqués peuvent mettre au point une grande diversité d'initiatives et d'interventions pour agir sur le phénomène des gangs de rue.

Portrait du phénomène

Les gangs de rue, crime organisé ou délinquance juvénile? Phénomène de mode ou phénomène social? Autant de questions qu'il est légitime de se poser devant la complexité du phénomène des gangs de rue. Entre une bande de jeunes graffiteurs adoptant le look « gangsters » et un groupe actif dans le trafic d'armes et de drogues, les réalités divergent grandement. Malgré cela, ces deux groupes pourraient être identifiés comme un gang de rue.

Le phénomène

Il est extrêmement important de prêter une attention soutenue aux gangs. Les crimes attribués aux gangs de rue se distinguent par leur caractère public (commis dans des parcs, dans la rue ou les ruelles ou dans des endroits semi-publics comme les bars et les stations de métro). De plus, l'utilisation importante des armes à feu et des armes blanches par les gangs et le fait que ce phénomène implique et met en danger de jeunes adolescents sont très préoccupants et posent des défis en matière de sécurité publique. Une action ciblée est donc nécessaire afin de protéger les victimes potentielles des gangs de rue et d’éviter que de jeunes délinquants ne s’engagent irrémédiablement dans la voie de la criminalité.

Cependant, il demeure difficile de bien cerner le phénomène des gangs de rue puisqu’il se situe au carrefour de plusieurs réalités sociales. Il faut saisir les dynamiques liées entre autres à la délinquance juvénile et au crime organisé pour en avoir un portrait global. Dire que les gangs de rue sont exclusivement un phénomène de jeunes ne correspond plus à la réalité. Croire que tous les membres de gangs de rue sont des criminels endurcis et, de fait, irrécupérables, est tout aussi faux. De plus, il ne faut pas voir les gangs de rue comme un milieu complètement fermé sur lui-même. Un jeune qui côtoie un gang de rue fréquente aussi l’école, peut aller à la maison des jeunes et avoir des amis qui ne sont pas des membres de gang. Un membre plus âgé avec une trajectoire criminelle bien affirmée s’inscrira dans un réseau criminel complexe qui n’est pas exclusivement formé de membres de gangs de rue. Tous ces éléments sont à prendre en considération si l’on veut agir efficacement sur le phénomène, offrir des possibilités aux individus de se sortir des gangs, prévenir l’adhésion à ceux-ci et contrer son expansion.

Ce texte met donc en contexte le phénomène des gangs de rue et explique ses multiples manifestations. L’approche adoptée cerne les points communs et les points de rupture entre les différents groupes que l’on considère comme des gangs de rue. Plus particulièrement, ce texte distingue les gangs de rue en fonction de leur implication dans un mode de vie criminel et des motifs qui influencent leurs actions. Développée à partir de la typologie des gangs de rue du Service de police de la Ville de Montréal, la figure 1 schématise cette approche. De plus, en fonction des caractéristiques de ces groupes, un type d’intervention (prévention ou répression) sera privilégié.

Figure 1 : Schématisation du phénomène des gangs de rue

 

La figure 1 présente donc les différents types de gang. Les gangs majeurs sont des gangs de rue qui agissent en fonction des bénéfices que rapportent leurs activités criminelles, ce que nous appelons la logique de marché. Ils entretiennent des liens avec le crime organisé et sont impliqués dans de la criminalité de réseau (distribution de drogues, réseau de prostitution et vente d’armes). Les bandes de jeunes sont composées majoritairement d’adolescents, commettant parfois quelques délits, et qui s’identifient à un territoire (un coin de rue, un immeuble, une rue, un parc, etc.). Entre ces deux types de gangs, il y a les gangs émergents. Ils s’impliquent plus activement dans des activités criminelles que les bandes de jeunes, s’identifient aussi à un territoire, mais ne sont pas des acteurs du crime organisé.

Il faut bien noter qu’il n’y a pas nécessairement une progression qui irait de l’affiliation à une bande de jeunes jusqu’à l’implication dans un mode de vie fortement criminalisé au sein d’un gang majeur. Les gangs de rue évoluent, les trajectoires de chaque membre sont différentes et cette évolution dépend de divers facteurs de nature individuelle, familiale, locale et sociale. Selon les circonstances et les traits de personnalité du jeune, celui-ci adoptera les normes du gang de façon plus ou moins prononcée, commettra des délits de différents niveaux de gravité et restera, ou non, dans le sillon des gangs de rue et de la criminalité.

Délinquance juvénile ou crime organisé?

La délinquance juvénile — Les distinctions que l’on peut faire entre la délinquance juvénile et le crime organisé sont nombreuses. La délinquance généralement est définie comme tout acte qui contrevient à une loi. Cette définition ne marque cependant pas la différence qu’il y a entre un mode de vie criminel pleinement assumé et une délinquance que l’on peut considérer comme une série de gestes le plus souvent spontanés, liés à des opportunités immédiates ou des circonstances qui facilitent la commission d’un délit.

Les bandes de jeunes sont des groupes qui commettent sporadiquement certains délits, peuvent vendre de la drogue ou devenir violentes dans certaines circonstances. Cependant, ils ne sont pas des criminels à temps plein. La plupart vont à l’école et peuvent sembler mener une vie tranquille. D’autres vivent des difficultés comme beaucoup à l’adolescence en vivent : problèmes familiaux, difficultés scolaires, consommation de drogues, etc. Les bandes de jeunes répondent à certains besoins normaux des adolescents, dont principalement le sentiment d’appartenance. Le gang offre reconnaissance, fierté, amitié, etc. À l’intérieur du gang, le jeune se sent valorisé, du moins pour un certain temps.

Cette valorisation peut provenir du fait que ces jeunes s’identifient comme groupe à un territoire tout petit, un immeuble, un coin de rue. En fait, le territoire donne la raison d’être du gang. C’est ce qui lie les membres ensemble, leur donne une identité de groupe qui est souvent affichée par des couleurs ou encore un graffiti particulier. La logique de territoire et la protection de celui-ci motivent donc la plupart des crimes et actes violents des bandes de jeunes. Ces actes servent à démontrer leur présence et à dire haut et fort aux autres gangs qu’ils sont dans « leur » territoire.

La criminalité de ces jeunes se concentre autour d’endroits précis tels les écoles secondaires et les centres commerciaux. Parmi les jeunes qui traînent aux abords de l’école secondaire de votre quartier, s’identifiant à tel ou tel groupe, vendant parfois de la drogue, commettant divers méfaits et actes d’intimidation, un nombre infime sera impliqué dans la criminalité de réseau des gangs de rue, comme la distribution de drogues. Ces groupes, les bandes de jeunes, se dissolvent, se recréent et n’ont pas la stabilité nécessaire pour devenir des joueurs importants dans l’arène du crime. Ainsi, un jeune délinquant, même s’il est dans le sillon des gangs de rue, ne deviendra pas du jour au lendemain un distributeur en gros de marijuana ou de cocaïne. D’où l’importance d’assurer une présence auprès de ces jeunes afin de prévenir l’accentuation des gestes de délinquance. 

Les gangs émergents ont des affinités avec les bandes de jeunes. Ils sont composés d’adolescents et de jeunes adultes et s’identifient à un territoire. Cependant, les crimes qu’ils commettent et les actes de violence sont plus orientés vers l’obtention d’une « crédibilité criminelle », étant de possibles recrues pour les gangs majeurs. L’aspect délinquance juvénile s’atténue graduellement pour devenir de plus en plus instrumental, c’est-à-dire qu’elle a des buts plus précis : intimidation, vengeance, protection, gains matériels et financiers, etc. En ce sens, ils se rapprochent des gangs majeurs. Les gangs émergents agissent aussi selon la logique de territoire. Cependant, dans ces groupes, la recherche de profit prend de plus en plus de place. Ainsi, une alliance entre un membre d’un gang X et d’un gang rival peut très bien arriver quand la logique de marché prend le dessus, pourvu que cette union soit rentable. L’intervention auprès des membres de gangs émergents devient ainsi plus difficile. Elle doit être plus intensive et allier des mesures de prévention et de répression. L’objectif est alors de sécuriser la population qui ne peut accepter dans leur voisinage un réseau de trafiquants de drogues et la violence qui y est associée, tout en offrant aux contrevenants des chances de réhabilitation. 

Crime organisé - La criminalité organisée demande de la planification, des contacts dans le monde interlope et une organisation du travail complexe afin de tirer le maximum de profit des activités criminelles. Depuis quelques années, plusieurs intervenants et chercheurs notent justement un perfectionnement des activités criminelles des gangs de rue, impliquant que ceux-ci soient plus structurés et qu’ils s’insèrent maintenant de façon plus importante dans la criminalité de réseau, notamment le trafic de drogues et le proxénétisme.

« Nous assistons […] à une hybridation accrue des gangs de rue caractérisée par une composition multiethnique, une utilisation réduite des signes communicatifs comme les couleurs et le code vestimentaire, le passage de la protection des secteurs géographiques à la protection des marchés économiques, une collaboration accrue avec des groupes traditionnels du crime organisé et une perméabilité nouvelle permettant à des gangs de s’associer pour une courte période afin de commettre des crimes opportunistes avant de se séparer. »

Les gangs majeurs sont donc des groupes criminalisés qui tentent ou qui sont devenus des joueurs importants dans la distribution de drogues, qui gèrent des réseaux de prostitution et qui peuvent vendre des armes. Les têtes dirigeantes de ces gangs sont des adultes. Ils n’ont plus grand-chose à voir avec les jeunes qui se tiennent dans tel ou tel parc et qui se donnent un nom de gang et affiche leur couleur.

Ainsi, plus un membre adoptera un mode de vie criminel, plus il s’éloignera de la logique de territoire où l’important est de sauvegarder son emprise sur un quartier et plus la logique du marché, soit de maximiser ses gains financiers par des activités criminelles, fera son œuvre. L’objectif ultime est de répondre à la demande et, par l’intimidation et la violence, obtenir le monopole de l’offre. Dans un contexte où les groupes traditionnels du crime organisé (motards, mafia) ont été fortement touchés par des opérations policières, certains marchés liés aux drogues, à la prostitution ou aux armes, ont été investis par des criminels issus du milieu des gangs de rue. Les gangs majeurs sont donc des groupes qui abandonnent graduellement les symboles liés à la culture des gangs de rue (territoire, couleur) et adoptent des comportements liés à la protection de marchés criminels. Il faut noter que cette migration n’est pas nécessairement le fait d’un gang et de l’ensemble de ses membres, mais de certains individus qui le composent. À l’intérieur même d’un gang, chaque membre peut avoir une trajectoire criminelle différente. De plus, il peut y avoir plusieurs cliques dans un gang formées de quelques individus fortement liés. Ces cliques peuvent disparaître, changer d’allégeance, de nom ou acquérir de l’expérience et des compétences liées aux réseaux criminalisés.

L’engagement profond de ces individus dans un mode de vie criminel exclut toutes chances de réussites des actions en prévention de la criminalité. Ainsi, les opérations policières répressives sont nécessaires face aux gangs majeurs afin de mettre un terme à leurs activités illicites. La réhabilitation sociale des membres de ces gangs est possible, mais seulement au travers d’un long cheminement qui mène à une rupture complète avec l’univers des gangs de rue.

Intervenir sur le phénomène des gangs de rue

Se battre pour une question de prestige ou commettre un geste violent afin de garder sa mainmise sur la distribution de drogues n’est pas la même chose. Ils impliquent des logiques d’action différentes, celles dites de « logique de territoire » et de « logique de marché ». Côtoyer une bande qui imite les gangs de rue de Los Angeles ou être fortement ancré dans un mode de vie criminel est aussi très différent. C’est pourquoi les interventions sur le phénomène des gangs de rue doivent être multiples et s’adapter en fonction du gang et de ses membres.

Ainsi, afin de répondre adéquatement au phénomène des gangs de rue, le gouvernement du Québec a mis en place une stratégie d’intervention misant sur la diversité et la complémentarité des actions. Les 34 mesures du Plan d’intervention québécois sur les gangs de rue 2007-2010 impliquent la mise en commun des efforts de plusieurs organisations en vue de prévenir, réprimer, comprendre et partager les connaissances sur les gangs de rue au Québec.

Comme il a été mentionné, un membre d’une bande de jeunes cherche à s’identifier à un groupe et à se valoriser. C’est le moment d’offrir à ces jeunes les opportunités nécessaires pour qu’ils quittent cet univefrs. D’ailleurs, les gangs de rue sont pour la majorité de ceux-ci une période transitoire liée à l’adolescence. Il faut donc leur faire voir immédiatement qu’au-delà de leur gang, il y a la communauté, l’école et leur famille qui les soutiennent et qu’ils y ont leur place. À ce stade d’implication dans la délinquance juvénile et de l’affiliation aux gangs de rue, il est très important de les rejoindre où ils sont, par le travail de rue par exemple, de les occuper par des activités parascolaires et de leur offrir un soutien psychosocial. En évitant la stigmatisation qu’amène l’identification à un gang, les actions en prévention de la criminalité et en prévention de l’adhésion des jeunes aux gangs de rue visent à offrir des opportunités autres que le milieu de la délinquance et de la criminalité. Que ce soit en renforçant leurs habiletés sportives ou artistiques ou en travaillant sur leur estime de soi et leurs relations avec les autres, il s’agit de mettre ces jeunes en position de réussite et de créer les conditions favorables pour qu’ils quittent l’univers des gangs de rue.

De plus, malgré que les gangs de rue soient largement répandus dans l’ensemble des Amériques, ils sont essentiellement un phénomène local. Les gangs naissent dans des endroits précis. Leurs noms évoquent bien souvent une rue ou un quartier. Les caractéristiques de chacun des gangs (l’âge des membres, leurs activités, leur allégeance, la composition ethnique, mixte ou homogène) sont donc fortement influencées par le milieu où ces bandes se créent. Ces spécificités locales impliquent que les approches choisies pour prévenir et lutter contre les gangs de rue doivent être adaptées au milieu. D’où l’importance de mobiliser les communautés afin de faire face à ce phénomène.

Les organisations policières, judiciaires et correctionnelles sont aussi des acteurs majeurs dans la lutte contre les gangs de rue. D’une part, les actions des forces policières et celles du milieu judiciaire permettent de contrer l’expansion du phénomène et de maîtriser les individus qui menacent le plus la sécurité des citoyens. D'autre part, les actions des services correctionnels favorisent la réinsertion sociale des personnes contrevenantes par une intervention qui s’appuie sur l’évaluation des risques et des besoins et de la réceptivité à s’impliquer dans la démarche. De fait, l’ensemble des interventions encourage le développement de comportement socialement acceptable dans le respect des lois.

Les mesures issues du Plan d’intervention québécois sur les gangs de rue 2007-2010 liées à la répression du phénomène ont ainsi permis l’arrimage des actions des différentes organisations impliquées dans le processus judiciaire. Lorsqu’un individu est appréhendé, arrêté et accusé pour ses agissements en lien avec les gangs de rue, l’ensemble du processus qui le mènera à une condamnation et à l’application de sa peine prend en compte les particularités issues dans son affiliation à un gang de rue.

Enfin, par des mesures concrètes visant l’augmentation et le transfert des connaissances sur les gangs de rue, mais aussi par la mise en place de l’ensemble des mesures du Plan, il s’est développé au Québec une expertise et des façons de faire qui permettent de faire la différence sur le terrain.

Plan d'intervention québécois sur les gangs de rue

Le Plan d'intervention québécois sur les gangs de rue 2011-2014 repose sur une approche équilibrée qui s’articule autour de quatre axes, soit la répression, la prévention et l’intervention, la recherche et l’analyse, ainsi que la formation et la communication. Il se décline en dix objectifs et 34 mesures de nature très diversifiée. Il vise à assurer une meilleure concertation des intervenants et une coordination accrue de leurs initiatives pour prévenir et intervenir sur le phénomène des gangs de rue au Québec.

Sous la coordination du ministère, le Plan d'intervention est le fruit du travail concerté de cinq ministères et leurs réseaux respectifs ainsi que d'une dizaine de partenaires institutionnels :

Dernière mise à jour : 04 mai 2016

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